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Simone Romagnoli : Haute école de travail social - Genève
L'Etat social a connu un essor considérable pendant les Trente glorieuses et avec lui le travail social qui s'inscrit dans le « projet de réalisation » que porte le premier (Castel, 2005). Face aux impératifs néo-libéraux actuels et ses réorientations des politiques publiques, aux logiques de contre-prestations, à la nouvelle gestion publique, le travail social fait face à d'énormes défis. Non seulement en termes de complexité, mais surtout, quant aux conditions de possibilité d'intervention que ces transformations déterminent concrètement. Si le travail social a développé une clinique de l'action, qui s'accompagne nécessairement d'une éthique situationnelle à même de répondre aux besoins des cas individuels qu'elle aborde, une attaque de plus en plus forte s'exerce sur ses ressources et ses missions. Il y a lieu alors de s'interroger non seulement sur l'éthique clinique du travail social, l'éthique en situation, mais aussi sur le contexte dans lequel l'action sociale est désormais appelée à se déployer, autrement dit sur la situation de l'éthique de l'intervention confrontée à l'essoufflement de l'Etat « social ». Si ce dernier brade son projet de progrès social, le travail social risque de se dénaturer, et l'éthique en situation n'aura qu'un rôle palliatif à jouer. Face à ces défis, les services sociaux doivent s'inviter dans le débat public pour réaffirmer le sens de l'Etat social: ces défis seront illustrés par le mouvement de grève de la fonction publique du canton de Genève.
Dans un contexte marqué par de profondes transformations économiques, sociales et culturelles, et par des changements de paradigmes au sein des politiques publiques qui sont devenues « actives », plus responsabilisantes et « capacitantes » (Astier, 2007; Cantelli et Genard, 2007; Groulx, 2009; Genard, 2013), mais également plus gestionnaires (Bellot et al., 2013), le travail social a évolué dans ses formes d’organisation comme dans ses finalités et ses modalités d’intervention. Les situations sociales auxquelles il doit répondre aujourd’hui se sont complexifiées, marquées par l’alourdissement des problématiques ou l’émergence de nouveaux besoins, mais aussi par différentes formes de fragmentation, de vulnérabilités et par l’augmentation des inégalités (Baillargeau, 2009). Les travailleuses sociales et les travailleurs sociaux sont souvent confrontés à nombre de défis et à des tensions normatives importantes (Bourgeault, 2004; Gonin, Grenier et Lapierre, 2013; Dierckx et Gonin, 2015) liés à la complexité et aux enjeux de la pratique tout autant qu’aux nouvelles configurations des cadres organisationnels d’intervention. Des logiques parfois contradictoires ou paradoxales guident ces réorientations et peuvent aller à l’encontre des valeurs personnelles et professionnelles prônées par les travailleuses sociales et les travailleurs sociaux ainsi que de leurs propres paradigmes d’intervention (Lambert, 2013). Pour répondre à ces défis, dans un contexte normatif où les repères universels ne vont plus de soi, un repositionnement peut être nécessaire, permettant l’expérimentation de réponses inédites. Certaines recherches et expérimentations sont ainsi porteuses de nouvelles façons d’agir et de penser au regard de ces défis.
C’est à partir de ces recherches et expérimentations qu’une réflexion plus globale sur les enjeux du travail social est abordée par l’adoption d’une perspective éthique. Les dernières années ont en effet vu apparaître un intérêt grandissant pour la sphère de l’éthique, et plusieurs ouvrages et articles ont présenté diverses approches des questions éthiques (Lamoureux, 2003; Bouquet, 2003; Bouchereau, 2012; Pullen-Sansfaçon et Cowden, 2012; Depenne, 2012; Gonin et Jouthe, 2012; Merlier, 2013; Farmer, Bouthiller et Roigt, 2013). C’est sous l’angle de la mobilisation d’une éthique réflexive que les différents défis et enjeux rattachés à la pratique complexe du travail social actuel sont mis en lumière. Le colloque est orienté vers la réflexion sur les potentialités de l’éthique dans une visée d’engagement et de conscience critique (Jacob, 2003). Ainsi, les questions suivantes guideront ce rassemblement : quels sont les nouveaux enjeux éthiques dans la transformation du social? Quels points d’appui et perspectives pour les aborder? Quels pouvoirs créatifs et transformateurs des pratiques du travail social par l’éthique? Sous quels angles aborder les questions éthiques dans la formation en travail social?
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