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Rodolfo Felices Luna : Université de Sherbrooke
Récipiendaire du prix du Gouverneur Général, du prix Du Maurier et du prix de la province de Québec, le recueil de poésie intitulé L'Ode au Saint-Laurent, publié en 1963, signe à sa façon l'entrée du Québec en «Révolution tranquille». Le recueil chante certes l'amour du pays dans des catégories nouvelles par rapport à celles de la littérature du terroir passée. Cependant, si le recueil a été rapidement salué et revendiqué par le mouvement nationaliste de l'époque, ce serait réducteur de l'y confiner. Une lecture attentive révèle un imaginaire davantage anthropologique et cosmologique que politique. Les toponymes sont plutôt rares et l'enracinement local fait une bonne place à l'universalisation des rapports de l'homme avec la terre qu'il habite et qui le façonne à son tour. Le rapport de l'humain au sol et au fleuve témoigne également d'une préoccupation pour le temps mythique des origines. Il s'y manifeste une réflexion sur la finitude de l'existence, voire sur le combat à livrer contre le temps et la mort. Le propos dépasse ainsi largement les préoccupations ethno-politiques des années soixante et soixante-dix au Québec. Le recueil déploie une nouvelle vision de l'humain et de son monde, où la question de la survie et de la transcendance sont posées sur fond de toile d'une nature coextensive à l'humain. Du coup, les questions religieuses ou spirituelles s'invitent là où elles n'avaient supposément plus droit de cité : dans la poésie d'émancipation nationale.
Si le phénomène religieux continue d’évoluer dans des sphères qui lui étaient propres, il se maintient également là où on pensait le voir disparaître et rejaillit là où on ne l’attendait pas : milieux artistiques, entreprises de tendance, établissements de santé, médias, système scolaire, monde politique, débats féministes et arène juridique. Pour cette raison, les manifestations du religieux suscitent parfois des incompréhensions, voire des tensions entre des systèmes de valeurs perçus ou présentés comme concurrents, et entrent dans les débats publics par le biais des arènes médiatique et politique. Ces points de contact contribuent à transformer, en retour, le religieux. En effet, celui-ci se nourrit et se transforme à partir de ses interactions avec la sphère séculière, qu’il s’agisse d’objets, d’individus ou de lieux, mais aussi de l’État, du droit et de régulations propres aux sociétés de consommation. L’« activité religieuse en train de se faire » procède dès lors de la confrontation circonstancielle du religieux avec ces éléments. Le fait religieux n’est jamais un donné, mais plutôt un produit qui peut se définir ou dont l’existence peut être remise en cause à tous moments. Dans ce contexte, on assiste aujourd’hui à un paradoxe : alors même que la présence de champs traditionnels du savoir universitaire, comme la théologie ou l’exégèse, paraît menacée au sein des universités, une compréhension scientifique globale du religieux est plus que jamais nécessaire. En effet, si la complexification du champ religieux bouleverse toujours plus les frontières des champs disciplinaires, elle en souligne aussi la complémentarité. Le colloque vise donc à répondre aux questions suivantes : quels sont les nouveaux lieux d’émergence et d’expression du religieux? Dans quelle mesure les savoirs universitaires permettent-ils d’en saisir les déplacements? Quels enjeux épistémologiques implique l’analyse interdisciplinaire du phénomène religieux contemporain?
Titre du colloque :