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Sylvie GENEST : UQAM - Université du Québec à Montréal
Au cours des années 60, sous l'impulsion d'auteurs forts (Bateson, Barth, Berger et Luckmann), un intérêt grandissant pour les approches dynamiques de l'identité s'est manifesté dans la recherche sur la diversité humaine. Une crise de la représentation s'ensuivit alors que tout le corps des sciences sociales était entraîné par la vague d'un constructivisme à géométrie variable. Or, dans cet élan, la cohésion disciplinaire semble s'être fissurée, provoquant un certain malaise épistémologique bipolaire. D'un côté, l'essentialisme perdure au nom d'une certaine rigueur méthodologique conçue comme tributaire du modèle statistique, au risque toutefois de faire progresser la discrimination. De l'autre, la nouvelle prémisse du caractère construit, dynamique et relationnel des identités sociales produit un ensemble de tableaux post-modernes où chacun voit ce qu'il voit au nom de sa propre expérience, au risque d'occulter toute exigence de «scientificité». Si l'on admet pourtant que l'anthropologie, la sociologie, les études ethniques et les autres cadres d'interprétation de la diversité humaine ne sont ni des sciences naturelles objectives, ni des branches des beaux-arts, on peut légitimement se demander comment ces disciplines parviennent dès lors à élaborer des «représentations contextualisantes et intelligibles sur lesquelles [nous pouvons] raisonner pour agir» ? (LeMoigne, 1994/2006). C'est à cette méditation à la fois épistémologique et méthodologique que nous nous livrerons ici.
S’il est vrai que les métropoles des pays industrialisés sont maintenant entrées dans l’ère de la « super-diversité » (Vertovec, 2007), il est également vrai que les majorités et les groupes minoritaires en contexte urbain vivent de plus en plus des « vies parallèles » (Cantle, 2001). Face à cette nouvelle donne démographique, la ville – depuis toujours un point de rencontre entre les personnes d’origines diverses – devient un espace pour l’articulation de nouvelles formes d’appartenance politique et citoyenne (Holston, 2008). L’interculturel dans la cité fait allusion à une notion de l’espace public inspirée par la cité grecque – un territoire qui correspond à une communauté de sujets libres et autonomes régie par des lois. Cependant, de nos jours, les principes les plus chers à la cité – l’égalité, la liberté d’expression et la délibération – sont remis en question par des situations qui nous laissent tous sans repères : zonage de lieux de culte, surveillance du langage dans les médias, utilisation des fonds publics pour des activités « ethniques », présence des symboles religieux dans la fonction publique, adaptation des services en contexte d’intervention, et bien d’autres. La remontée du conservatisme provoqué par ces changements culturels et démographiques alimente la discrimination à l’égard des immigrants et contredit, parfois de façon spectaculaire, les discours officiels sur les valeurs démocratiques. Par conséquent, il serait porteur de concevoir la ville interculturelle comme espace citoyen (Purcell, 2003), et plusieurs disciplines se tournent vers l’échelle municipale pour comprendre les aspects interculturels de la citoyenneté (White et Rocher, 2014). Cette orientation signifie de tenir compte des interactions à l’échelle du quartier mais aussi dans les différents contextes officiels et institutionnels. C’est dans ce sens que l’analyse des dynamiques interculturelles dans l’espace urbain nous force à repenser nos modèles d’inclusion sociale et de participation politique.
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