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Martin Hébert : Université Laval
Le Mexique est considéré comme le pays des Amériques comptant le plus de personnes travaillant dans des conditions assimilables à de l'esclavage moderne. Fortement lié aux réseaux criminalisés impliqués dans le trafic de drogue et de personnes à la frontière nord du pays, les racines du problème plongent néanmoins jusqu'à sa frontière sud. Dans la présente communication, nous examinerons plus particulièrement la situation des migrants centraméricains qui se trouvent capturés dans ces réseaux lors de leur entrée au Mexique par l'état du Chiapas. Depuis l'augmentation des patrouilles autour de la localité d'Arriaga, où les migrants honduriens, salvadoriens et guatémaltèques se rendaient dans l'espoir de pouvoir sauter clandestinement sur le train roulant vers le nord, d'autres chemins migratoires sont maintenant empruntés pour entrer au Chiapas. Alors qu'Arriaga comptait un certain nombre de services humanitaires disponibles pour les migrants, les nouvelles routes, elles, existent dans la clandestinité complète et sont généralement contrôlées par le crime organisé. Croisant des données ethnographiques recueillies dans la région de la Selva lacandona, des témoignages recueillis par des organismes de droits humains et des données gouvernementales, nous proposerons ici un portrait de l'inscription de ces migrants dans les circuits d'exploitation humaine du sud-est du Mexique.
Malgré un contexte politique marqué par le développement de plans de lutte nationaux (Canada, 2012; Brésil, 2007; É.-U., 2013) et internationaux contre les formes d’exploitation au travail dénoncées sous le registre de l’esclavage moderne, le marché mondial du travail reste traversé de formes d’exploitation au travail combattues par ces plans : exploitation sexuelle, travail forcé, travail infantile ou encore servitude pour dettes. Beaucoup de produits vendus sur les marchés internationaux sont fabriqués dans des conditions dénoncées comme relevant de l’esclavage moderne à des fins de rentabilité : vêtements, chaussures, chocolat, fruits et légumes, acier, bois… phénomène illustrant comment l’économie capitaliste néolibérale et globale fait de la précarisation des travailleurs l’une de ses caractéristiques. Le contexte contemporain des Amériques n’échappe pas à cette réalité.
S’appuyant sur des études de cas situées dans différents pays des Amériques (Canada, Brésil, Mexique, etc.), ce colloque cherchera à comprendre les logiques et les formes de l’exploitation au travail, liées ou non à la migration. À cette fin, il mettra en question dans chaque cas les spécificités des relations de travail et de dépendances tout en examinant de quelle manière celles-ci prennent place ou non dans un contexte politique d’économie globale conduisant à normaliser objectivement ou subjectivement ces conditions de travail, malgré des discours et des plans de lutte contre la traite humaine et l’esclavage moderne. Il s’agira donc d’étudier tant les contextes des politiques migratoires pour les travailleurs agricoles au Canada et au Québec, par exemple, que les manières dont certains travailleurs se résignent, sous des formes de servitude volontaire, à travailler dans des conditions de travail non libre, notamment au Brésil, pour comprendre comment se construisent les frontières légales, sociales et morales de l’exploitation au travail dans les Amériques aujourd’hui.
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