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Patrice Caro : Université de Caen-Normandie
Le risque social d'échec scolaire n'est pas réparti uniformément entre tous les cantons de France. Mais avec quel degré de contraste s'opère cette répartition du risque ? Pour répondre à cette question, on mobilise une revue de littérature au sujet de l'impact du chômage des parents, du rôle du niveau de diplôme des parents dans l'aide aux devoirs, du lien entre pauvreté des parents et échec scolaire, du retard scolaire en fonction du milieu parental, et des conditions d'habitat des enfants. Cette revue permet de cibler 7 indicateurs pour caractériser les conditions de vie de la population des 3 900 cantons de France métropolitaine au début des années 2010 : le taux de chômage ; la part des emplois en contrats en CDI ; la proportion d'habitants de 45 à 54 ans sans diplôme ; la proportion des familles monoparentales et nombreuses ; la part des ménages habitant en logement social et le niveau de revenu médian des ménages par unité de consommation. Un traitement statistique multivarié de ces données produit une typologie des cantons en 7 classes. La projection de ces types dans l'espace français métropolitain rend visible 3 France. Une première (Nord et Picardie) cumule toutes les fragilités, la désindustrialisation y affectant les conditions d'emploi et de revenu. Une seconde (centre ouest rural) souffre d'un niveau de diplôme et de revenu faible. La troisième (couronnes résidentielles des aires urbaines) présente la situation la plus favorable quant au risque d'échec scolaire.
La persévérance scolaire et la réussite des jeunes constituent des facteurs clés du développement des sociétés. Ce constat s’appuie notamment sur les recherches illustrant les coûts sociaux et économiques associés à l’abandon scolaire : hausse de la criminalité, besoins plus importants en soins de santé, exclusion, perte de revenus fiscaux par les collectivités, etc. La lutte contre l’abandon scolaire s’inscrit d’ailleurs de plus en plus dans une stratégie permettant de tirer profit des forces et des capacités d’agir de tous afin de contrer le cycle de la désintégration des communautés.
Inversement, de multiples composantes d’un territoire peuvent influencer les parcours scolaires des jeunes qui y résident. En effet, même si les travaux portant sur la persévérance et la réussite scolaires restent fortement associés au triptyque « élève-famille-école », un nombre croissant d’études s’intéressent plus globalement à l’ensemble des contextes dans lesquels les jeunes évoluent. Ces recherches font état d’une influence significative de l’espace de vie sur le développement des jeunes.
Jusqu’à présent, certaines études ont montré que les caractéristiques socioéconomiques des quartiers, notamment le revenu moyen des ménages, la structure de l’emploi, le statut matrimonial et l’ethnicité, ont des conséquences sur le développement des jeunes. Cependant, il reste encore beaucoup à faire pour comprendre l’incidence économique, géographique, sociale et culturelle directe et indirecte des espaces de vie sur la dynamique complexe de la persévérance et de la réussite scolaires. De plus, la notion systémique de territoire invite à adopter une lecture pluridimensionnelle des milieux de vie des jeunes et, ainsi, à explorer simultanément les différentes facettes du territoire, telles que l’offre scolaire, la mobilisation de la communauté, la proximité des services, la qualité de vie, les liens école-communauté, etc.
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