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France Jutras
Auteur d'une vingtaine de livres dont Teaching as a conservative activity (1979), Amusing ourselves to death (1985) et The end of education : redifining the value of school (1995), Neil Postman est connu pour son approche critique des médias et ses propos sur l'éducation. À l'ère de l'omniprésence des médias et de l'immédiateté des communications, son œuvre soulève des aspects à considérer pour l'éducation dans notre monde caractérisé par l'interconnectivité et par l'hyperfragmentation des individus dans des espaces de moins en moins communs. L'analyse de contenu de l'œuvre de Postman permet de dégager certains thèmes récurrents : la déroute de l'information, la fascination des médias pour le divertissement, la superficialité du rapport à la culture. Ses propositions et ses plaidoyers pour les valeurs qui leur font contrepoids seront discutés. Cela permettra, d'une part, de mettre en relief les tensions entre certaines valeurs humanistes idéalisées et des valeurs sociales émergentes et, d'autre part, de questionner les finalités éducatives qui leur sont associées et qui peuvent guider et même être incarnées dans le quotidien de la vie et des pratiques éducatives. Il ne s'agit pas de procéder à une lecture nostalgique d'un passé idéalisé à jamais révolu, mais bien davantage de recourir à l'éclairage de la philosophie postmanienne pour poser autrement la problématique des valeurs de l'éducation dans le monde d'aujourd'hui.
Éduquer, former dans un monde problématique, dans une société en quête de sens et de repères, est particulièrement complexe, car cela exige à la fois d’exercer sa capacité éthique (Ricoeur, 2001; 1991), de ne pas laisser s’imposer un régime de vérité(s) (Bourgeault, 2012), de ne pas laisser chacun à sa ou ses vérités (Reboul, 1999) et de ne pas laisser dans l’ignorance (T. De Koninck, 2000; Leroux, 2012), etc. Dit autrement, cela exige de nous interroger sur l’enseignement véritable, soit l’enseignement à la vérité qui libère par la liberté (Reboul, 1977, p. 95).
Or, pour libérer, la neutralité de l’enseignement n’est pas une solution mais une abdication à éduquer, à former. En fait, renoncer à éduquer pour ne pas influencer revient à abandonner les enfants aux influences les moins contrôlables (Idem, p. 64). À ce propos, T. De Koninck (2010) en appelle à la transmission de la culture pour vaincre la nouvelle ignorance. Il recourt également à la valeur absolue de la personne, sa dignité. La reconnaissance mutuelle de la dignité de tous les membres de la famille humaine, sans exception, pour paraphraser le philosophe, représente la fin et le repère de l’enseignement véritable. Il s’agit du rempart premier contre l’intimidation, le harcèlement, la discrimination, l’endoctrinement, la radicalisation, l’indifférence.
Nombre de chercheurs (en éducation, en philosophie morale et politique, en sociologie, en sciences cognitives, etc.) apportent des pistes de réflexions et proposent des approches philosophiques, théoriques et pédagogiques qui peuvent nous inspirer. Le présent colloque vise à présenter certaines de ces réflexions et approches pour que l’école élève vers un respect plus effectif de la dignité humaine, pour que cette valeur phare pénètre davantage les consciences (T. De Koninck, 2010).