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Gina Thésée : UQAM - Université du Québec à Montréal
Lorsque l'on parle d'éducation et de démocratie, de quoi parle-t-on au juste? Quels sont les liens unissant, ou désunissant, ces deux concepts? Et, surtout, comment le contexte socioéducatif façonne-t-il leur articulation? Les liens entre l'éducation et la démocratie sont multidimensionnels et ont des impacts divers à la fois sur les notions d'identité et de citoyenneté, et aussi, par le fait même, sur les notions de conscience sociale, d'engagement et de participation. L'analyse des résultats du projet de recherche "Démocratie, alphabétisation politique et éducation transformatoire", nous amène à mettre en évidence quatre dimensions de "l'union" entre l'éducation et la démocratie, soient: l'éducation à propos de la démocratie; l'éducation par la démocratie; l'éducation relative à la démocratie et l'éducation pour la démocratie. Cependant, quelle est la portée et quelles sont les limites de ces liens d'articulation? À l'instar de George Sefa Dei qui développe la pensée anticolonialiste de Frantz Fanon en éducation, cette présentation a pour but de développer cette même pensée anticolonialiste dans les liens d'articulation entre l'éducation et la démocratie. À partir de cette perspective anticolonialiste critique nous scrutons les implications de l'éducation et la démocratie pour les notions d'identité et de citoyenneté, et aussi, de conscience sociale, d'engagement et de participation, dans des contextes de néocolonialismes.
Les enjeux de la démocratie et de l’éducation sont multiples, complexes, et sont cruciaux pour les sociétés. Ils sont à la fois d’ordres éthique, politique, historique, social, environnemental, économique, géographique, culturel, éducatif et pédagogique. Ils se fondent sur des valeurs d’égalité en droits, de justice sociale, de diversité, d’inclusion, de solidarité, d’équité, de paix et de bien-vivre-ensemble. Ils visent à déconstruire les problématiques socio-environnementales qui découlent des dynamiques systémiques de racismes, discriminations, marginalisation, exclusion, violences, logiques extractives et vulnérabilités multiples. L’alphabétisation politique constitue l’une des facettes de l’articulation entre la démocratie et l’éducation. L’analphabétisme politique donne lieu à une « démocratie mince » réduite à sa seule dimension normative basée sur des modalités électorales. L’éducation « transformatoire », dont le moteur est interne aux collectivités et individus concernés, constitue une seconde facette de leur articulation. Elle suppose un engagement critique dans l’exercice d’une « démocratie ample » qui conduit à la transformation des réalités socio-environnementales oppressives. L’éducation non transformatoire est semblable à l’« éducation bancaire » que dénonce Freire, parce qu’elle contribue à maintenir, renforcer et reproduire les dynamiques systémiques oppressives.
Contrairement aux évidences, l’articulation entre la démocratie et l’éducation n’est pas toujours évidente en éducation. La question se pose alors : où, quand et comment se fait cette nécessaire articulation? Depuis 2012, la recherche Démocratie, alphabétisation politique et éducation transformatoire a permis d’étudier les perceptions, expériences et pratiques d’acteurs socioéducatifs au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde. Avec le Global Doing Democracy Research Project dans 12 pays, plus de 5 000 personnes y ont participé. En dépit des contextes différents, des tendances communes se dégagent, notamment par le prisme du néolibéralisme, l’expérience d’une « démocratie mince », la perception de la nature antidémocratique de l’école, l’inconfort face aux questions sociales vives, le déni du rôle des enseignants dans la démocratie. Les données de recherche ont été présentées dans plusieurs congrès nationaux et internationaux, et ont été publiées en anglais.
Autour des enjeux de la démocratie et de l’éducation, le colloque réunit divers acteurs socioéducatifs pour partager leurs réflexions, recherches ou praxis, en français, à partir de diverses perspectives critiques, selon quatre axes thématiques :
1) Des perspectives critiques politiques, historiques ou institutionnelles;
2) Des perspectives critiques éducatives, scolaires;
3) Des perspectives critiques sociales et environnementales;
4) Des perspectives critiques « alter-natives » (ou nées dans d’autres épistémologies) telles que le féminisme, l’indigénisme, l’anticolonialisme, l’antiracisme.
Thème du colloque :