Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Safa Ben Saad : Université de Sherbrooke
La production des normes juridiques prend de nouvelles formes (Ost, Van de Kerchove, 2002). La mondialisation a facilité l'émergence d'un droit global. Les modes horizontaux de production du droit transforment la structure de la norme juridique et laissent songeur quant à ses fondements et sources. Si la problématique de la relation entre droit et religion semble classique, elle associe généralement l'identité religieuse et culturelle à un système juridique national défini par un cadre géographique précis.
Le droit global ne correspond pas à un ordre juridique particulier, fût-il international (Frydman, Lewkowics, 2012). Il est sensé s'affranchir des spécificités liées à chaque ordre juridique et des sociétés qui le produisent. Paradoxalement, la confusion normative que suscitent ses sources (codes de bonne conduite, valeurs éthiques, héritages juridiques nationaux), laisse la porte ouverte à une intrusion du religieux.
La religion se révèle être un facteur d'union, de rapprochement, «porteuse de grâce, d'espérance» comme la décrivait Carbonnier (1993). L'harmonisation passe-t-elle par une unification des principes, des mœurs? Est-elle une recherche de ce qui est commun ou une abstraction des différences?
L'objectif de cette analyse est de déceler la présence de l'élément religieux dans les nouveaux modes de production du droit. Suivant une démarche interdisciplinaire, cette proposition tend à démontrer que le religieux s'accommode aux évolutions de la production normative.
Si le phénomène religieux continue d’évoluer dans des sphères qui lui étaient propres, il se maintient également là où on pensait le voir disparaître et rejaillit là où on ne l’attendait pas : milieux artistiques, entreprises de tendance, établissements de santé, médias, système scolaire, monde politique, débats féministes et arène juridique. Pour cette raison, les manifestations du religieux suscitent parfois des incompréhensions, voire des tensions entre des systèmes de valeurs perçus ou présentés comme concurrents, et entrent dans les débats publics par le biais des arènes médiatique et politique. Ces points de contact contribuent à transformer, en retour, le religieux. En effet, celui-ci se nourrit et se transforme à partir de ses interactions avec la sphère séculière, qu’il s’agisse d’objets, d’individus ou de lieux, mais aussi de l’État, du droit et de régulations propres aux sociétés de consommation. L’« activité religieuse en train de se faire » procède dès lors de la confrontation circonstancielle du religieux avec ces éléments. Le fait religieux n’est jamais un donné, mais plutôt un produit qui peut se définir ou dont l’existence peut être remise en cause à tous moments. Dans ce contexte, on assiste aujourd’hui à un paradoxe : alors même que la présence de champs traditionnels du savoir universitaire, comme la théologie ou l’exégèse, paraît menacée au sein des universités, une compréhension scientifique globale du religieux est plus que jamais nécessaire. En effet, si la complexification du champ religieux bouleverse toujours plus les frontières des champs disciplinaires, elle en souligne aussi la complémentarité. Le colloque vise donc à répondre aux questions suivantes : quels sont les nouveaux lieux d’émergence et d’expression du religieux? Dans quelle mesure les savoirs universitaires permettent-ils d’en saisir les déplacements? Quels enjeux épistémologiques implique l’analyse interdisciplinaire du phénomène religieux contemporain?
Titre du colloque :