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Isabelle Miron : UQAM - Université du Québec à Montréal
Le Champ des Possibles est délimité par la voie ferrée, signe visuel de la colonisation et de l'industrialisation de l'Amérique et, plus récemment, avec l'avènement sur ses rails des convois de pétrole qui circulent toujours malgré l'élection de Justin Trudeau, de la tragédie à Mont-Mégantic. Mais le Champ des possibles est également le lieu d'une étonnante biodiversité: on y recense en effet 330 espèces répertoriées, dont notamment le renard et une étonnante diversité de plantes. Cette communication-performance qui se propose d'être lue et jouée in situ voudrait, à partir de textes essayistiques non structurés appelés rêveries, aborder les diverses strates mémorielles et actuelles en jeu dans le Champ des possibles: des rêveries prenant source dans le personnel, le communautaire, le social et les préoccupations environnementales, tout comme dans la mémoire rêvée de ce terrain vague, où les traces amérindiennes demeurent encore lisibles et vibrantes pour qui veut bien s'y attarder.
Ce colloque interdisciplinaire en recherche-création propose de rassembler chercheurs et créateurs en littérature et en arts pour réfléchir à ce que représente le terrain vague dans l’imaginaire contemporain. Espace interlope à la mémoire souvent stratifiée, le terrain vague peut être vu comme un espace-temps transitoire vers une réinvention et une réappropriation. Également symbole d’une vacance, ce waste land ou no man's land peut aussi avoir une fonction salvatrice, à la fois jachère nécessaire et lieu de réappropriation du pouvoir citoyen. Il peut en ce sens susciter des intérêts politiques ou financiers : les promoteurs voient en lui un potentiel à développer, ce qui explique peut-être sa raréfaction au sein des villes. Ces rapports de pouvoir ne sont pourtant pas le seul avenir envisageable : cet espace liminaire, source de liberté et d’inventivité, demande à être déchiffré symboliquement autant qu’à être défriché matériellement; son caractère marginal fait de lui une matrice à nouvelles idées et nouveaux regards sur le monde. À cet égard, il peut offrir l’image de la disposition mentale que nécessitent tant la recherche que la création. Il peut alors conserver son statut de terrain vague et indéfini de façon plus pérenne, être valorisé comme tel et se laisser apprivoiser et réinventer par des actions communautaires ou esthétiques.
Quelques pistes de réflexion (non exhaustives) : où (sur le plan autant spatial que métaphorique) se situe le terrain vague? Comment s’intègre-t-il (ou non) dans un périmètre plus large? À quelles figures donne-t-il naissance? Par qui et comment est-il investi, dans les faits et dans l’imaginaire? Quels enjeux éthiques ou esthétiques pose-t-il? Quels rapports de force ou quelles relations se nouent autour du terrain vague? Quels genres de poétiques engendre-t-il? Quels genres littéraires ou langages esthétiques l’investissent? Comment explorer les strates mémorielles et les processus de sédimentation de ce genre d’espace?
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