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Yasmine Sinno : ETH Zürich
Le terrain vague est un sujet essentiellement interdisciplinaire. L'intérêt de cette proposition est de démontrer comment ce sujet a été introduit dès les années 90 à travers les mondes de la photographie, l'audio--‐visuel, la psychologie, la littérature et finalement l'économie, au monde de l'architecture et l'urbanisme. En effet, en 1993, à Barcelone, Ignasi de Sola--‐Morales écrit un article intitulé «Terrain Vague". La notion de Terrain Vague, tel que présentée par Sola--‐Morales, implique plus qu'une simple définition, il détient en elle le potentiel de devenir un autre mode de perception et d'intervention. Nous sommes intéressés à analyser la dynamique derrière la création et l'application conséquente de cette notion pluridimensionnelle. L'objectif est de mettre en question comment une notion vient à être reconnue et reformulée et comment sa formulation est liée à ses applications. L'intérêt général est dans la dichotomie paradoxale théorie--‐pratique. On commencera par une analyse de l'ouvrage théorique de Sola--‐Morales, puis on tentera d'élargir le contexte pour inclure les références intertextuelles multidisciplinaires, en élargissant par conséquence le contenu du sujet du terrain vague même. Finalement, on présentera quelques interventions contemporaines sur le terrain vague inspirées directement par Sola--‐Morales et le potentiel chargé dans sa définition du terrain vague, notamment les projets de Lara Almarcegui, le groupe Stalker, et l'atelier SYN--‐, entre autres.
Ce colloque interdisciplinaire en recherche-création propose de rassembler chercheurs et créateurs en littérature et en arts pour réfléchir à ce que représente le terrain vague dans l’imaginaire contemporain. Espace interlope à la mémoire souvent stratifiée, le terrain vague peut être vu comme un espace-temps transitoire vers une réinvention et une réappropriation. Également symbole d’une vacance, ce waste land ou no man's land peut aussi avoir une fonction salvatrice, à la fois jachère nécessaire et lieu de réappropriation du pouvoir citoyen. Il peut en ce sens susciter des intérêts politiques ou financiers : les promoteurs voient en lui un potentiel à développer, ce qui explique peut-être sa raréfaction au sein des villes. Ces rapports de pouvoir ne sont pourtant pas le seul avenir envisageable : cet espace liminaire, source de liberté et d’inventivité, demande à être déchiffré symboliquement autant qu’à être défriché matériellement; son caractère marginal fait de lui une matrice à nouvelles idées et nouveaux regards sur le monde. À cet égard, il peut offrir l’image de la disposition mentale que nécessitent tant la recherche que la création. Il peut alors conserver son statut de terrain vague et indéfini de façon plus pérenne, être valorisé comme tel et se laisser apprivoiser et réinventer par des actions communautaires ou esthétiques.
Quelques pistes de réflexion (non exhaustives) : où (sur le plan autant spatial que métaphorique) se situe le terrain vague? Comment s’intègre-t-il (ou non) dans un périmètre plus large? À quelles figures donne-t-il naissance? Par qui et comment est-il investi, dans les faits et dans l’imaginaire? Quels enjeux éthiques ou esthétiques pose-t-il? Quels rapports de force ou quelles relations se nouent autour du terrain vague? Quels genres de poétiques engendre-t-il? Quels genres littéraires ou langages esthétiques l’investissent? Comment explorer les strates mémorielles et les processus de sédimentation de ce genre d’espace?
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