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Géraldine Mossière : Université de Montréal
L'accent contemporain porté sur les subjectivités s'est traduit par un regain d'intérêt pour les rites de passage opérés dans l'intimité du soi, en vue de la renaissance du sujet (revitalisation des quêtes de vision traditionnelles). Ces ritualisations d'un retour au soi éludent cependant d'autres formes de passage qui se réalisent dans l'immanence d'un monde pluriel, saturé de contacts avec la diversité culturelle. Deux terrains ethnographiques menés auprès de jeunes convertis et de franco-québécois babyboomers indiquent que c'est la découverte d'une altérité toujours plus accessible qui catalyse le passage d'une étape de vie à l'autre, via le déplacement d'un registre de (non)croyances à un autre. Si le cas des convertis est plus symptomatique, le parcours biographique des franco-québécois montre également le rôle central d'un voyage à l'étranger, d'une rencontre avec un voisin, d'un échange Internet avec un croyant dans le changement de l'univers de sens de l'individu et de là, la mutation de sa situation sociale, attribuée ou revendiquée. En décrivant des trajectoires d'individus et les termes de leur socialité avec l'altérité religieuse, nous examinons les séquences, codifications et modèles rituels qui président à ce déplacement du sens et permettent le passage social. Ainsi, certains rites de passage contemporains se construisent autour de représentations d'une altérité à la fois proche et exotique, fruit d'un monde où les diversités s'entremêlent et s'alimentent.
Les rites religieux et les passages liés au cycle de la vie, dont la concordance caractérisait les sociétés traditionnelles, n’ont plus nécessairement lieu dans nos sociétés hypermodernes. Les baptêmes, les mariages et les rites funéraires religieux persistent. Toutefois, d’autres formes rituelles, qui prétendent souligner les passages de la vie individuelle ou sociale, apparaissent dans le paysage contemporain. Comment se structurent les identités dans l’actualité? Quel rôle la ritualité y joue-t-elle?
L’étude des rites de passage accompagne le développement des sciences humaines et sociales dès les intuitions fondatrices de Van Gennep jusqu’à la liminalité de Victor Turner, la théorisation de l’individualisation par David Le Breton et, plus récemment, la critique rituelle de Ronald Grimes de même que le constat de la transformation et de l’émergence de nouveaux rites de passage par Martine Roberge. Entretemps, des approches interdisciplinaires se sont développées unissant notamment des chercheurs de différents domaines tels que théologie et psychologie, histoire et philosophie, anthropologie et neurosciences, linguistique et arts. En parallèle, les conditions et le contexte de la recherche se sont élargis et ont favorisé la globalisation médiatique et économique, si bien qu’un regard multi ou interculturaliste s’impose.
Le colloque « Les rites de passage aujourd’hui : enjeux et perspectives » prétend rouvrir et relancer le débat par l’entremise de l’analyse critique des approches et des méthodologies des études rituelles, ainsi que de la description ethnographique des rites de passage — autant classiques que nouveaux, religieux que profanes.
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