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Christine Brault : UQAM - Université du Québec à Montréal
La pratique de l'art performance engagé qui investit l'espace public revêt en soi un excellent outil de sensibilisation pour dénoncer certaines problématiques sociales actuelles en empruntant une attitude critique envers celles-ci et en préférant travailler avec une audience ample et diversifiée. Une telle action performative peut provoquer une transformation éphémère d'un espace social/commun par l'enjeu qu'elle rend visible et/ou audible ainsi que par son caractère inclusif – l'audience comme témoin participatif. On peut également associer cette forme d'art à un activisme artistique ou artivisme, une forme hybride qui conjugue art et activisme. En d'autres termes, un art d'action poétique à portée sociale où la puissance de l'expression créative vise à provoquer un changement notoire dans un contexte sociopolitique et non institutionnel. Citons par exemple, les violences faites aux femmes au Mexique, ou encore, au Canada, avec les femmes des Premières Nations disparues et assassinées, des situations de violations des droits humains trop longtemps camouflées par les gouvernements. Ce genre d'action doit intrinsèquement avoir lieu dans les espaces publics clés ; elle revêt un sens de dénonciation, un geste politique beaucoup plus fort que si on la présentait dans une institution artistique. De cette manière, une telle performance pourra avoir un effet levier sur la population et les instances décisionnelles.
Les politiques de développement tout comme celles d’aménagement territorial contribuent à marginaliser certains groupes sociaux en assignant notamment des places et des occupations différenciées au sein de la société. Les populations visées par cet assujettissement ne se conforment pas nécessairement aux politiques et discours dominants. Leur résistance s’exprime à travers des contre-discours et des pratiques transgressives issus d’imaginaires sociaux. Les imaginaires sociaux font référence à la capacité de donner sens au monde qui nous entoure, particulièrement en posant l’existence des liens rassembleurs d’un « nous » imaginé. Constituées en acteurs politiques, les populations visées par ces discours dominants accordent une importance vitale à leur espace géographique, espace qu’elles investissent et sur lequel elles ont tissé des rapports sociaux et culturels qui assurent leur survie. L’analyse du rôle de ces imaginaires dans la construction des représentations sociales permet à la fois de rendre compte de l’irréductibilité de certaines conceptions du développement et de l’espace, et de saisir certains types de représentations qui résistent aux catégories prévues dans les politiques et les discours dominants.
Les pratiques d’appropriation de l’espace se multiplient et mettent en lumière l’enjeu politique inhérent à la dispute des lieux à travers des expressions diverses comme le théâtre, le conte, les festivités, les protestations contre le modèle économique, l’arrivée des déplacés, les occupations de terres et d’édifices publics, les demandes d’autonomie territoriale ou les dispositifs comme les cartes imaginaires. Ce colloque vise à définir des pratiques contre-discursives du développement et de l’aménagement territorial. Quels imaginaires de l’espace et du développement sont aujourd'hui véhiculés? Comment certains imaginaires participent-ils à reconfigurer de nouveaux espaces sociaux et politiques?