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Chiara Piazzesi : UQAM - Université du Québec à Montréal
La sexualisation contemporaine des conduites et des apparences (souvent définie aussi « hypersexualisation ») est souvent considérée comme à la fois l'effet et la cause d'une décadence des valeurs attribuée aux configurations intimes traditionnelles. Elle semble, en ce sens, présager une anomie sexuelle et sociale généralisée. Cependant, du point de vue général, cette anomie ne paraît pas être en train de se produire dans les sociétés occidentales hautement sexualisées. Cette contradiction théorique nous invite à réviser les outils conceptuels pour penser la sexualisation. Dans ma contribution je proposerai à la discussion l'hypothèse selon laquelle, dans la sexualisation des apparences et des conduites, il ne s'agirait pas vraiment de séduction ou de sexe en tant que tels. Au contraire, à la fois la séduction et le sexe n'y figureraient dans la plupart des cas qu'à titre de simulacres, dans un statut désémantisé. Pour illustrer cette hypothèse, j'emploierai la notion de « capital érotique » (Hakim 2010), indiquant une forme d'accumulation de prestige social qui utilise le langage de la sexualité.
La séduction est au cœur de nos relations, et souvent à notre insu. Nous avons tendance, en Occident, à la réduire aux relations qui relèvent de la sexualité humaine (Baudrillard), et à la penser selon la triple dimension de la vérité, du pouvoir et de la sensibilité. Dans chacune de ces dimensions, elle est aussi en tension : entre tromperie et révélation (vérité), manipulation et libération (pouvoir), raison et désir (sensibilité). Mais la relation de séduction, à travers l’histoire, concerne aussi la pédagogie (le modèle et l’émulation : voir Rivard, 2012), le politique (le charisme et la rhétorique : Delporte), l’économie (la publicité, l’envie), le monde animal (les animaux entre eux — les parades — ou avec les humains : Bomsel, Lestel) et même notre relation aux choses, créées (les arts et les lettres, la technologie et ses promesses) ou non (le paysage, voir Cartier et Lew). Si la séduction est liée au désir et au symbole, à la reconnaissance et à l’acceptation, mais aussi à l’emprise et à la subjugation, on en comprendra aisément l’influence, l’importance et la force, aussi bien positive que négative, et cela tant pour le vivre ensemble que comme marqueur identitaire. Comment qualifier et comprendre les liens que nous tissons par le truchement de la séduction, en déceler les mécanismes communs, en entreprendre la critique? Par exemple, peut-on être séduit sans séducteur, comme quand un paysage nous charme? Y a-t-il séduction même sans intentionnalité consciente, comme chez les animaux ou quand autrui nous trouve attirant? Comment comprendre le jeu du désir dans la séduction, que son objet soit le sexe, l’amitié, l’apprentissage ou le profit? Quels sont ses symboles et ses rituels privilégiés? Peut-on d’ailleurs regrouper sous un même concept l’attirance, le charme, la fascination, l’influence, l’envoûtement et la séduction? L’intitulé de notre colloque nous invite à l’appréhender comme une relation complexe et dans la variété de ses manifestations.
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