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Comment ne pas vouloir la rédemption?

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Frédérique Bernier

Résumé de la communication

Le ton est donné dès les premiers mots du livre de Bill Readings : s'il est question de penser « dans les ruines de l'université », il ne s'agit pas pour autant de se joindre au chœur des « jérémiades » et lamentations crépusculaires devenues si courantes, et tentantes, quand il s'agit d'aborder l'état de l'université et de l'idée de culture qui lui est traditionnellement associée. Or, cette rupture de ton ne relève pas strictement d'un pragmatisme ou d'un refus du pessimisme ; elle est en soi un véritable geste de pensée. Avec Leo Bersani, dont il cite l'ouvrage The Culture of Redemption, Readings tire les conséquences de l'horizon philosophique qui le nourrit et, loin de se réfugier dans la nostalgie d'une unité-universalité à laquelle nous ne saurions plus vraiment croire, il nous force à envisager une « communauté désemparée» dont il s'agit d'apprendre à habiter l'inconfort. En cela, il rejoint des auteurs qui, tels Nietzsche, Benjamin, et, plus près de nous Bersani, Agamben ou Sloterdijk, savent tout à la fois prendre la mesure de la perte d'un monde et nous enjoindre de consentir à cette perte comme à ce qui doit, peut-être, fonder désormais notre pensée et notre commune appartenance. Comment renoncer à l'idée de la rédemption (nationale, culturelle, spirituelle) sans pour autant se résigner à l'inexistence et à la seule loi du capital ? Voilà peut-être ce que l'université n'a pas su nous enseigner et que nous avons encore à apprendre.

Résumé du colloque

En 2016, nous célébrerons le 20e anniversaire de la publication de l’essai de Bill Readings, The University in Ruins (Harvard University Press), traduit en français sous le titre Dans les ruines de l’université en 2013 (Lux Éditeur). Cet ouvrage, rédigé par un professeur de littérature comparée de l’Université de Montréal peu avant son décès dans un accident d’avion en 1994, s’intéresse au nouveau rôle de l’université dans le contexte de la mondialisation et du déclin du modèle institutionnel de l’université de la « culture » tributaire de l’État-nation. En plus d’une brillante analyse des mutations que l’institution a subies dans les deux derniers siècles, le livre de Readings met de l’avant « des propositions concrètes pour habiter ses ruines et leur donner un sens nouveau ». La lucidité et l’actualité étonnante de cet ouvrage ouvrent la voie à d’importantes pistes de réflexions sur l’avenir de l’université et les enjeux actuels de la recherche, et ce, particulièrement dans les humanités.

L’ouvrage de Bill Readings invite à la discussion, à la polémique même. Il s’agit d’un « excellent » point de départ pour aborder les grandes questions qui préoccupent nombre d’intervenants du milieu universitaire actuel. Quelle sera la place des humanités et des sciences humaines dans un modèle universitaire qui valorise de plus en plus les sciences et les domaines de la recherche appliquée (« STEM »)? Quel type de recherche devrait être admis à l’université? Sous quelles conditions? En quoi la notion d’« excellence » (ou ses dérivés) a-t-elle transformé l’activité et l’évaluation de la recherche? L’université doit-elle s’adapter aux besoins du marché? Les diplômés doivent-ils être formés de façon professionnelle en vue de remplir des fonctions précises au sein de la société ou doivent-ils plutôt bénéficier d’une formation générale vaste et solide? Les notions de « culture générale » ou de « culture nationale » ont-elles encore un sens et une utilité aujourd’hui? En quoi la mondialisation transforme-t-elle la recherche et les institutions universitaires? Comment imaginer l’université « postnationale » et « posthistorique »? Comment interpréter l’apparition de nouvelles disciplines (études culturelles, études spécifiques, humanités numériques...) et de nouvelles approches de la recherche (recherche-création)? Comment l’équilibre de la recherche et de l’enseignement a-t-il été modifié dans l’université contemporaine? Quels ont été les effets concrets des mutations récentes de l’université (sur le modèle de gouvernance, le corps professoral, les étudiants)? De quelle façon peut-on « résister » de l’intérieur aux transformations de l’institution universitaire qui paraissent plus néfastes? Est-il encore possible d’avoir une pensée libre ou même « subversive » dans l’université d’aujourd’hui?

Contexte

section icon Thème du congrès 2016 (84e édition) :
Points de rencontre
section icon Date : 12 mai 2016

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