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Bruce Maxwell : UQTR- Université du Québec à Trois-Rivières
Une revue de littérature des écrits scientifiques portant sur la formation éthique des futurs enseignants a permis d'observer une certaine continuité par rapport à l'utilisation de l'étude des dilemmes éthiques comme levier d'apprentissage par les formateurs. Parallèlement, cette revue de littérature a aussi permis d'observer une césure par rapport aux visées de formation. Dans les années 1980-90, l'objectif principal de la formation était de développer des compétences en délibération éthique alors qu'il est désormais de plus en plus accepté que l'objectif soit de former des dispositions éthiques, même si cet objectif avait été jugé irréaliste par les chercheurs et formateurs précédents. Cette présentation interroge ce qui distingue ces deux visées de formation sous l'angle du rôle de l'expérience dans l'apprentissage (« learning by doing », Dewey, 1938) de l'éthique professionnelle. Nous discutons d'abord d'un point de vue théorique ce qui distingue concrètement une compétence d'une disposition éthique. Ensuite, nous examinons les implications pratiques de ces deux visées de formation par le biais d'une analyse de contenu axée sur les multiples descriptions de pratiques fournies dans les écrits scientifiques. Il s'agit en somme de saisir comment l'évolution théorique (compétence/disposition) affecte, ou non, les pratiques réelles de formation et la mobilisation de l'expérience comme levier de formation.
L’expérience est aujourd’hui une composante incontournable du travail enseignant. Pour les enseignants, elle représente généralement la principale source de leur expertise. Elle est reconnue dorénavant comme élément central de la formation initiale des enseignants. Par l'entremise des stages, les stagiaires font eux-mêmes l’« expérience » du travail, et bénéficient de l’accompagnement d’enseignants chevronnés qui partagent avec eux leurs savoirs d’« expérience ». Depuis Schön (1983), voire Dewey (1910; 1938), l’apprentissage et le développement professionnel se réalisent grâce à un retour réflexif sur son « expérience ». Cela dit, le concept d’expérience est plurivoque. Il renvoie, sur le plan épistémologique, aux questions des origines de la connaissance, comme l’ont exploré les tenants de l’empirisme et du pragmatisme. Des sociologues tels que Dubet (1994) ont considéré le concept d’expérience au moyen du sens et des constructions identitaires. D’autres courants théoriques, comme la didactique professionnelle, se sont intéressés à l’expérience comme source d’apprentissage dans l’action et au travail comme référent pour développer les compétences professionnelles (Pastré, Mayen et Vergnaud, 2006). Ce colloque entend donc faire le point sur cette notion d’expérience polysémique et abondamment utilisée dans les recherches en éducation et les programmes de formation des enseignants. Il semble important de clarifier ce qu’on fait de cette notion en recherche et de situer ses enjeux spécifiques dans la formation des enseignants, initiale et continue, et dans ses différentes composantes (pédagogiques, pratiques, éthiques, etc.). Ce colloque sera aussi l’occasion d’explorer comment les expériences des uns et des autres (enseignants, superviseurs, stagiaires, élèves, parents, etc.) se conjuguent dans le travail enseignant et la formation en enseignement, et en vue de quels apprentissages elles sont prises en compte.