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Pierre Pariseau-Legault : UQO - Université du Québec en Outaouais
La réponse aux besoins affectifs et sexuels des personnes ayant un handicap intellectuel s'illustre, notamment, par une distinction stricte des pratiques et des usages socialement tolérés au sein des espaces publics et privés. À cela correspond l'investissement de lieux d'expression spécifiques et la mise en place de pratiques d'accompagnement cherchant à opérer une autorégulation des modes relationnels s'intégrant à leurs identités affectives et sexuelles. Une analyse phénoménologique interprétative menée auprès de personnes identifiées comme ayant un handicap intellectuel et de leurs proches aidants a été réalisée afin d'explorer cette situation. Les constats préliminaires suggèrent l'existence d'un processus de négociation complexe des espaces, des moments et des occasions favorisant le déploiement de la vie affective et sexuelle. De ce fait, trois modes d'existence semblent cohabiter au sein d'une matrice complexe : la dépossession, l'habitation et l'occupation des espaces de socialisation et d'expression affective. Il est proposé d'aborder cette problématique en tant que dynamique géopolitique intégrant les processus d'exclusion des pratiques sexuelles des espaces privés et leur projection au sein des espaces publics et finalement la juxtaposition de ces deux sphères, publiques et privées. Il y sera finalement discuté des implications de cette réflexion à l'égard du rôle potentiel que les différents agents d'intervention médicale et sociale pourraient adopter en cette matière.
Depuis Foucault (1975), de nombreux auteurs ont démontré que le droit est utilisé comme instrument de régulation des problèmes sociaux (Wacquant, 2004; Beckett et Wesner, 2001). Les tribunaux prennent le relais d’autres systèmes sociaux (Richman, 2010) en intervenant auprès des personnes itinérantes, des militants politiques, des personnes souffrant d’un trouble de santé mentale, des personnes en situation de pauvreté, des immigrants, des étudiants, etc. (Sylvestre et al., 2010; Beckett et Herbert, 2010; Lemonde et al., 2014). Ces nouvelles configurations et distorsions du droit permettent une intervention ciblée et hautement contrôlante des comportements considérés indésirables.
C’est dans ce contexte qu’en 2005 la professeure Céline Bellot, avec la collaboration d’Isabelle Raffestin, Marie-Noëlle Royer et Véronique Noël, publiait un premier rapport sur la judiciarisation des personnes itinérantes à Montréal. Le rapport offrait, chiffres à l’appui, une démonstration claire de l’utilisation du droit pénal municipal comme puissant outil de gestion des personnes itinérantes dans l’espace public. En outre, ce rapport a permis d’interpeller autorités politiques et judiciaires afin d’engendrer des changements importants et nécessaires dans les pratiques (ex. : Rapport de la Commission des droits de la personne et de la jeunesse, 2009; Clinique Droits devant, PAJIC, etc.).
Dans cette effervescence théorique et pratique, un nombre important de chercheurs ont travaillé sur des problématiques similaires permettant de développer un véritable réseau de recherche au Québec. Ce colloque portera donc sur les suites et les effets dans la recherche découlant de la publication de ce premier rapport. Il permettra ainsi de s’interroger sur deux versants de la judiciarisation contemporaine, soit certaines formes de régulation et de pénalisation des problèmes sociaux, et des configurations nouvelles qui sont en émergence (nouvelles formes de justice hybride, contrôle spatial, etc.).
Thème du colloque :