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Alexandra Borer : Columbia University
Depuis la fin du XXème siècle, les projets d'aménagements urbains de Paris et sa banlieue occupent l'espace politique et médiatique français. Les déséquilibres économiques, culturels et démographiques entre Paris et sa banlieue sont au cœur des débats les plus virulents. Dans cette même période, un nombre important d'écrivains, souvent parisiens eux-mêmes, forment le projet d'investir les espaces vierges de récits que la banlieue leur offre. Principalement des hommes, venus d'horizons divers et de générations différentes, ces écrivains ont comme point commun de choisir d'arpenter à pied l'espace qu'ils veulent écrire. Ils livrent le récit de leurs marches en l'associant parfois à des photographies, des croquis ou des cartes. A l'opposé de l'expérience du flâneur Benjaminien, ces expériences physiques aux allures de performances, confrontent le marcheur à un espace hostile à la promenade. Elles lui permettent toutefois un accès privilégié aux lieux marginaux que cette nouvelle géographie littéraire se voue à dessiner. Notre présentation montrera que la poétique de ces textes procède d'une attention toute particulière vouée à ce qui relève de la friche. L'usage des lieux, leur mise en récit, participent ainsi à l'élaboration d'un imaginaire qui met en valeur les espaces de séparation, d'exclusion, les frontières présentent au sein du tissu urbain tout autant qu'ils confèrent à ces lieux a priori marginalisés une valeur créatrice.
Ce colloque interdisciplinaire en recherche-création propose de rassembler chercheurs et créateurs en littérature et en arts pour réfléchir à ce que représente le terrain vague dans l’imaginaire contemporain. Espace interlope à la mémoire souvent stratifiée, le terrain vague peut être vu comme un espace-temps transitoire vers une réinvention et une réappropriation. Également symbole d’une vacance, ce waste land ou no man's land peut aussi avoir une fonction salvatrice, à la fois jachère nécessaire et lieu de réappropriation du pouvoir citoyen. Il peut en ce sens susciter des intérêts politiques ou financiers : les promoteurs voient en lui un potentiel à développer, ce qui explique peut-être sa raréfaction au sein des villes. Ces rapports de pouvoir ne sont pourtant pas le seul avenir envisageable : cet espace liminaire, source de liberté et d’inventivité, demande à être déchiffré symboliquement autant qu’à être défriché matériellement; son caractère marginal fait de lui une matrice à nouvelles idées et nouveaux regards sur le monde. À cet égard, il peut offrir l’image de la disposition mentale que nécessitent tant la recherche que la création. Il peut alors conserver son statut de terrain vague et indéfini de façon plus pérenne, être valorisé comme tel et se laisser apprivoiser et réinventer par des actions communautaires ou esthétiques.
Quelques pistes de réflexion (non exhaustives) : où (sur le plan autant spatial que métaphorique) se situe le terrain vague? Comment s’intègre-t-il (ou non) dans un périmètre plus large? À quelles figures donne-t-il naissance? Par qui et comment est-il investi, dans les faits et dans l’imaginaire? Quels enjeux éthiques ou esthétiques pose-t-il? Quels rapports de force ou quelles relations se nouent autour du terrain vague? Quels genres de poétiques engendre-t-il? Quels genres littéraires ou langages esthétiques l’investissent? Comment explorer les strates mémorielles et les processus de sédimentation de ce genre d’espace?
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