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José Antonio Giménez Micó : Université Concordia
Mon hypothèse de base questionne l'événement du « cri » plébéien (voir L'interpellation plébéienne en Amérique latine, notamment la « Conclusion » de C. Huart et la postface de M. Breaugh) afin d'essayer de dépasser ce moment éphémère aussi bien en amont qu'en aval. En amont : les interpellations plébéiennes ne surgissent pas tout à fait par génération spontanée ; en aval : celles-là sont dépassées, voire anéanties par un ordre hégémonique réinstitué, oui, mais elles laissent parfois des « traces ». La notion benjaminienne de « la tradition des opprimés » (« Sur le concept d'histoire ») joue un rôle fondamental dans les deux cas. Dans cette « mémoire longue » des groupes subalternes, particulièrement indigènes, l'ayllu pourrait jouer un rôle significatif, non pas exactement par une sorte de revitalisation ou « résurrection » fantasmatique, mais comme un mode d'organisation sociale altératif et alternatif qui aurait réussi à persister, en se transformant constamment, depuis des millénaires. D'après R. Prada Alcoreza, les mouvements plébéiens-indigènes boliviens actuels sont des métamorphoses des ayllus. Ce sont des ayllus nomades, migrants, non plus fondés sur un territoire communal mais aidant à établir et consolider des réseaux communaux. Je voudrais donc explorer jusqu'à quel point l'ayllu pourrait être conçue comme la concrétisation de la mémoire des opprimés, notamment dans la construction de cet espace à la fois urbain et nomade qui pourrait être El Alto.
Les politiques de développement tout comme celles d’aménagement territorial contribuent à marginaliser certains groupes sociaux en assignant notamment des places et des occupations différenciées au sein de la société. Les populations visées par cet assujettissement ne se conforment pas nécessairement aux politiques et discours dominants. Leur résistance s’exprime à travers des contre-discours et des pratiques transgressives issus d’imaginaires sociaux. Les imaginaires sociaux font référence à la capacité de donner sens au monde qui nous entoure, particulièrement en posant l’existence des liens rassembleurs d’un « nous » imaginé. Constituées en acteurs politiques, les populations visées par ces discours dominants accordent une importance vitale à leur espace géographique, espace qu’elles investissent et sur lequel elles ont tissé des rapports sociaux et culturels qui assurent leur survie. L’analyse du rôle de ces imaginaires dans la construction des représentations sociales permet à la fois de rendre compte de l’irréductibilité de certaines conceptions du développement et de l’espace, et de saisir certains types de représentations qui résistent aux catégories prévues dans les politiques et les discours dominants.
Les pratiques d’appropriation de l’espace se multiplient et mettent en lumière l’enjeu politique inhérent à la dispute des lieux à travers des expressions diverses comme le théâtre, le conte, les festivités, les protestations contre le modèle économique, l’arrivée des déplacés, les occupations de terres et d’édifices publics, les demandes d’autonomie territoriale ou les dispositifs comme les cartes imaginaires. Ce colloque vise à définir des pratiques contre-discursives du développement et de l’aménagement territorial. Quels imaginaires de l’espace et du développement sont aujourd'hui véhiculés? Comment certains imaginaires participent-ils à reconfigurer de nouveaux espaces sociaux et politiques?