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Martin Lépine : Université de Sherbrooke
Selon un sondage du ministère de l'Éducation du Québec, la compétence « Apprécier des œuvres littéraires » était, au milieu des années 2000, la compétence la moins travaillée en classe de français au primaire. Certains chercheurs soulignent d'ailleurs le peu de données, au Québec, qui permettent de connaitre la place de la littérature à l'école et les pratiques des enseignants à partir des œuvres littéraires. Afin de réaliser un état des lieux à ce sujet, nous avons mis en place, dans le cadre de travaux de doctorat, une recherche qualitative/interprétative de type enquête. Un échantillon de 518 enseignants du primaire ont répondu à un questionnaire auto-administré sur leurs pratiques d'enseignement de la lecture/appréciation des œuvres littéraires et sur leurs conceptions à ce propos. Les données recueillies nous permettent de mieux documenter et de comparer, pour chacun des trois cycles, les pratiques déclarées des enseignants quant à la littérature et aux usages qu'ils disent faire des œuvres littéraires. Quelles sont donc les principales œuvres utilisées par les enseignants du primaire québécois? Quelle est la place qu'occupent l'Étranger, l'Autre dans ce corpus? Les principaux résultats montrent d'abord une certaine unité dans les formes et les genres littéraires utilisés au primaire; ensuite, une grande variété d'œuvres et d'auteurs/illustrateurs étudiés; enfin, une mince place pour l'Étranger ou pour l'Autre dans ce corpus.
Notre époque est marquée par une pluralité et par une complémentarité dans les formes de socialisation, dans la culture, dans l’éducation, dans le langage et dans la manière d’être au monde (Abdallah-Pretceille, 1999). Passeuses de langues et de cultures, la littérature en général et la littérature de jeunesse en particulier se font l’écho de ces enjeux de société.
En 1994 était publié L’image de l’autre. Une étude des romans de jeunesse parus au Québec de 1980 à 1990. Postulant que toute production romanesque témoigne « du contexte historique, idéologique, politique, moral et social dans lequel il s’inscrit », la chercheuse québécoise Suzanne Pouliot y mettait en relief la contribution de la littérature de jeunesse aux relations interethniques dans une société pluraliste. Sa conclusion était que les personnages, qu’ils soient Amérindiens, Inuits ou d’origine européenne, africaine ou asiatique, n’occupaient pas encore l’avant-scène romanesque, même à l’occasion, et gravitaient plutôt autour de personnages principaux d’origine québécoise. Vingt ans plus tard, alors que les migrations s’intensifient sur toute la planète, donc ici comme ailleurs, quel constat pouvons-nous établir à ce sujet dans les œuvres destinées à la jeunesse?
En élargissant la perspective, quelle place accorde-t-on à l’Autre dans les œuvres pour enfants et adolescents, et parues depuis le bilan fait par Pouliot (1994)? Dans quelle mesure les représentations socioculturelles qui en sont faites échappent-elles aux clichés? Quel rôle leur attribue-t-on dans les récits de fiction offerts aux jeunes lecteurs? Jusqu’à quel point ces personnages venus d’un autre pays sont-ils accueillis ou rejetés, intégrés ou marginalisés, objets de confiance ou de suspicion?
La littérature de jeunesse étant un moyen privilégié de rencontrer l’Autre, ce colloque interdisciplinaire (littérature, didactique, sociologie de la littérature) poursuit deux objectifs : 1) étudier les multiples visages de l’Étranger dans différentes œuvres de littérature de jeunesse francophones; 2) examiner comment sont abordées ou comment aborder et traiter ces questions en classe de français et dans les autres disciplines du préscolaire à la fin du secondaire, afin que le travail critique et analytique sur l’œuvre permette à chacun de se sensibiliser à la différence. En ce sens, voici les principaux axes retenus pour les communications :
– analyse d’œuvres d’auteurs francophones pour la jeunesse, mettant en scène des personnages étrangers;
– analyse d’albums ou de romans pour la jeunesse du 21e siècle qui traitent de cette problématique;
– réception d’une œuvre mettant en scène un personnage étranger de la part de lecteurs, de critiques, d’enseignants, de bibliothécaires, etc.;
– pistes didactiques plurielles ou comptes rendus d’expériences menées en classe sur le sujet;
– pratiques d’enseignement du préscolaire, du primaire ou du secondaire réalisées à partir d’œuvres mettant en scène des personnages étrangers.
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