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Sara LARA FLORES : UNAM - Universidad Nacional Autónoma de México
Nous analyserons les différentes problématiques opposant les acteurs sociaux qui interviennent dans les processus de production de ces entreprises (le patronat, les ouvriers permanents et temporaires, l'administration publique, etc.), mais aussi les contradictions internes aux travailleurs temporaires eux-mêmes.
Octobre 2014, à San Quintin (Basse Californie, Mexique). Un groupe de travailleurs temporaires d'origine indienne éclate une grève contre les grandes entreprises agricoles qui produisent des légumes pour fournir les supermarchés des États-Unis, du Canada et du Mexique. Son principal objectif est l'entreprise américaine Driscoll, spécialisée dans la production de la fraise. Leurs conditions de travail sont inhumaines, bien en-dessous de l'idée du travail décent (BIT). Ils exigent une augmentation de salaire, de meilleures conditions de travail (sécurité sociale), le droit à la syndicalisation, le respect à leur condition ethnique et contre le harcèlement sexuel des femmes travailleuses. Ils reçoivent la solidarité de nombreuses organisations et syndicats mexicains, mais aussi de la United Farm Workers.
Les transformations sociales, politiques et économiques récentes dans les Amériques relèvent d’un processus de redéfinition du politique, devenu plus évident dans le contexte actuel de « fin de cycle » des régimes dits progressistes. En effet, depuis une quinzaine d’années, on constate un élargissement des pratiques démocratiques et citoyennes à l’extérieur du champ institutionnel traditionnel, en même temps qu’un rétrécissement des libertés publiques et une augmentation des pouvoirs de répression de la part des autorités étatiques. Par ailleurs, la mobilisation et l’action collective des acteurs sociaux sont de plus en plus ancrées à l’échelle locale ou régionale et prennent souvent la forme de mouvements de défense des collectivités face à l’accélération de la détérioration des milieux de vie. Ces mobilisations donnent parfois lieu à une revalorisation par les populations locales de leur pouvoir d’agir à différentes échelles, lequel vise à contrer l’effet des menaces qui pèsent sur leur qualité de vie et leurs conditions de survie. Dans d’autres cas, des conflits sociaux émergent et favorisent l’enracinement de pratiques autoritaires telles que la répression, la corruption et l’utilisation de la violence.
Ces dynamiques contradictoires engendrent des innovations politiques importantes dont l’étude systématique contribue à éclairer les trajectoires de construction de la citoyenneté (droits citoyens et inclusion politique) dans les Amériques. L’actuelle redéfinition, voire réinvention, du politique se situe à la croisée des tensions que nous observons entre deux versants de la société : 1) les espaces publics / lieux physiques et médiatisés de débats entre citoyens sur les enjeux qui concernent la gestion de la chose publique; et 2) les espaces de vie / territoires ou lieux à l’intérieur desquels s’organisent la production et la reproduction sociale (Thede et Dufour-Poirier, 2014). Ce colloque explorera certaines des dimensions actuelles de ce processus.