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Joséphine Mukamurera : Université de Sherbrooke
L'expérience est depuis plus 20 ans un thème central dans les domaines de l'apprentissage et du développement professionnel. Il serait indissociable de celui de compétence (Coulet, 2013). Cette communication porte sur la relation entre expérience et perception de sa compétence (PC) chez des enseignants novices. La PC est une « force mobilisatrice poussant les individus à s'impliquer dans différentes activités » (Descôteaux et Brault-Labbé (2011, p. 120). Elle est comprise comme un produit de l'expérience de la personne acquise au travers de son engagement dans des activités, des pratiques et par la mise en relation de sens que la personne établit entre son action et ses conséquences sur le monde (Zeitler et Barbier, 2012). Alors que les conditions d'insertion en enseignement riment souvent avec précarité professionnelle, affectations difficiles et discontinuité pédagogique (Mukamurera et Martineau, 2009), toute expérience est-elle formatrice et favorable au développement de la PC? Une enquête par questionnaire a été menée auprès de 250 enseignants québécois du primaire et du secondaire précaires et réguliers en vue d'établir si a) le nombre d'années d'expérience en enseignement, b) les conditions et l'expérience d'insertion et c) la participation à un programme d'insertion professionnelle influent sur la PC. Nous verrons si certaines formes d'expériences sont plus propices à favoriser une PC accrue et si d'autres pourraient s'avérer plutôt destructurantes et lui nuire.
L’expérience est aujourd’hui une composante incontournable du travail enseignant. Pour les enseignants, elle représente généralement la principale source de leur expertise. Elle est reconnue dorénavant comme élément central de la formation initiale des enseignants. Par l'entremise des stages, les stagiaires font eux-mêmes l’« expérience » du travail, et bénéficient de l’accompagnement d’enseignants chevronnés qui partagent avec eux leurs savoirs d’« expérience ». Depuis Schön (1983), voire Dewey (1910; 1938), l’apprentissage et le développement professionnel se réalisent grâce à un retour réflexif sur son « expérience ». Cela dit, le concept d’expérience est plurivoque. Il renvoie, sur le plan épistémologique, aux questions des origines de la connaissance, comme l’ont exploré les tenants de l’empirisme et du pragmatisme. Des sociologues tels que Dubet (1994) ont considéré le concept d’expérience au moyen du sens et des constructions identitaires. D’autres courants théoriques, comme la didactique professionnelle, se sont intéressés à l’expérience comme source d’apprentissage dans l’action et au travail comme référent pour développer les compétences professionnelles (Pastré, Mayen et Vergnaud, 2006). Ce colloque entend donc faire le point sur cette notion d’expérience polysémique et abondamment utilisée dans les recherches en éducation et les programmes de formation des enseignants. Il semble important de clarifier ce qu’on fait de cette notion en recherche et de situer ses enjeux spécifiques dans la formation des enseignants, initiale et continue, et dans ses différentes composantes (pédagogiques, pratiques, éthiques, etc.). Ce colloque sera aussi l’occasion d’explorer comment les expériences des uns et des autres (enseignants, superviseurs, stagiaires, élèves, parents, etc.) se conjuguent dans le travail enseignant et la formation en enseignement, et en vue de quels apprentissages elles sont prises en compte.
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