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Antoine BOISCLAIR : Collège Jean-de-Brébeuf
Dans un quartier en voie de gentrification, des promoteurs immobiliers ont fait disparaître la vieille station-service à l'abandon depuis quelques années. Sur le terrain vague qui s'étale à présent sous nos yeux, on a planté une panneau annonçant l'inéluctable : la construction d'un bloc de condominiums de six étages, un grand bloc de briques beiges comprenant des logements clé en main, un stationnement intérieur ainsi qu'une terrasse sur le toit. Si l'on se rapporte à l'image du panneau, où est apparu le portrait d'une famille heureuse – un couple dans la quarantaine et une jeune fille aux dents blanches –, le non-lieu du terrain vague deviendra un lieu, un espace habité. Mais suffit-il de la bonne volonté d'un promoteur pour qu'un non-lieu devienne un lieu ? À partir de quand et en fonction de quels critères peut-on dire d'un lieu qu'il est réellement habité, qu'il possède une âme, une identité ? Cette communication, écrite sous la forme d'un journal, proposera de suivre la conversion d'un terrain vague en bloc de condos. Elle s'attardera au processus par lequel un espace à l'abandon devient – ou voudrait devenir – un espace habité et tentera, en bout de ligne, d'opposer aux impératifs économiques de l'immobilier certaines considérations esthétiques.
Ce colloque interdisciplinaire en recherche-création propose de rassembler chercheurs et créateurs en littérature et en arts pour réfléchir à ce que représente le terrain vague dans l’imaginaire contemporain. Espace interlope à la mémoire souvent stratifiée, le terrain vague peut être vu comme un espace-temps transitoire vers une réinvention et une réappropriation. Également symbole d’une vacance, ce waste land ou no man's land peut aussi avoir une fonction salvatrice, à la fois jachère nécessaire et lieu de réappropriation du pouvoir citoyen. Il peut en ce sens susciter des intérêts politiques ou financiers : les promoteurs voient en lui un potentiel à développer, ce qui explique peut-être sa raréfaction au sein des villes. Ces rapports de pouvoir ne sont pourtant pas le seul avenir envisageable : cet espace liminaire, source de liberté et d’inventivité, demande à être déchiffré symboliquement autant qu’à être défriché matériellement; son caractère marginal fait de lui une matrice à nouvelles idées et nouveaux regards sur le monde. À cet égard, il peut offrir l’image de la disposition mentale que nécessitent tant la recherche que la création. Il peut alors conserver son statut de terrain vague et indéfini de façon plus pérenne, être valorisé comme tel et se laisser apprivoiser et réinventer par des actions communautaires ou esthétiques.
Quelques pistes de réflexion (non exhaustives) : où (sur le plan autant spatial que métaphorique) se situe le terrain vague? Comment s’intègre-t-il (ou non) dans un périmètre plus large? À quelles figures donne-t-il naissance? Par qui et comment est-il investi, dans les faits et dans l’imaginaire? Quels enjeux éthiques ou esthétiques pose-t-il? Quels rapports de force ou quelles relations se nouent autour du terrain vague? Quels genres de poétiques engendre-t-il? Quels genres littéraires ou langages esthétiques l’investissent? Comment explorer les strates mémorielles et les processus de sédimentation de ce genre d’espace?
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