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La notion de « porte-parole » à la croisée de la rhétorique

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Chantal Benoit-Barne

Résumé de la communication

Cette présentation se propose principalement d'explorer la place de la notion de porte-parole dans le travail de Bruno Latour, ainsi que son évolution, au fil de ses ouvrages. Le porte-parole, cette figure clé de la théorie de l'acteur-réseau, apparaît tout d'abord comme un médiateur qui participe à l'assemblage du collectif et à la cristallisation de ses pourtours et revendications, notamment, mais pas seulement, par ses pratiques de communication. À ce titre, il est lié à ses mandataires selon des modalités communicationnelles et des rapports de représentation qui demeurent souvent équivoques : « les médiateurs transforment, traduisent, distordent, et modifient le sens ou les éléments qu'ils sont censés transporter » (Latour, 2006, p.58). Alors que dans les écrits les plus récents de Bruno Latour, le porte-parole semble perdre en visibilité, cette question de la représentation et son rapport à la parole est, quant à elle, bien présente. Comment mettre en relation la notion de porte-parole et ces idées du « cercle politique », de « la parole courbe », et du « parler droit » présentées dans Enquête sur les modes d'existence ? Cette question nous permettra de conclure sur la portée des travaux de Bruno Latour sur l'étude des phénomènes de revendication publique, principalement du point de vue des approches rhétoriques de la communication où la notion de porte-parole est fondamentale.

Résumé du colloque

Dire que Bruno Latour est l’un des penseurs contemporains les plus influents relève de l’euphémisme. Récipiendaire du prix Holberg en 2013, sacré « Hegel de notre temps » par Le Monde des livres en 2012, jouissant déjà d’un taux de citations plus élevé que Deleuze ou Heidegger en 2007, il est, selon de nombreux commentateurs, destiné à remplacer Foucault comme figure clé des sciences humaines.

Mais ce qui est encore plus frappant est le triple réductionnisme dont il fait l’objet. Au plan disciplinaire d’abord, il est trop souvent associé à la seule sociologie des sciences et des technologies. Or, son œuvre est foncièrement interdisciplinaire puisqu’y cohabitent un éventail d’objets, des sciences à l’art en passant par l’État, la religion ou le droit.

Sur le plan théorique, ensuite, sa pensée est presque universellement réduite au catéchisme de la théorie de l’acteur-réseau. Pourtant, on peut dégager différentes approches ou divers moments théoriques dans son parcours, qui varient d’ailleurs selon l’angle qu’on adopte. Seguin (2015) distingue chez Latour deux théories politiques des sciences et deux critiques du rationalisme; Tournay (2014) parle des théories et des modèles latouriens; Heinich (2007) repère chez lui deux, voire trois sociologies; Harman (2014) décrit trois Latour différents.

Réductionnisme, enfin, dans la réception de son œuvre, comme si on ne pouvait lire Latour qu’en se positionnant en apôtre ou en pourfendeur. Certains commencent toutefois à dépasser ces postures stéréotypées pour développer une approche de nature exégétique (Blok et Jensen, 2011; Harman, 2009). Dans cet esprit, l’objectif du colloque est d’approfondir notre compréhension de son travail sans céder à la tentation polémiste. Il s’agira d’encourager et de mettre en commun des lectures plurielles de l’œuvre latourienne.

Références :

Blok, Anders et Jensen, Torben (2011) Bruno Latour. Hybrid Thoughts in a Hybrid World. Abingdon, Routledge.

Harman, Graham (2009) Prince of Networks. Bruno Latour and Metaphysics. Melbourne, re.press.

Harman, Graham (2014) Bruno Latour. Reassembling the Political. Londres, Pluto Press.

Heinich, Nathalie (2007) « Une sociologie très catholique? À propos de Bruno Latour », Esprit 5 (mai), pp.14-26.

Seguin, Eve (2015) « Pourquoi les exoplanètes sont-elles politiques? Pragmatisme et politicité des sciences dans l’œuvre de Bruno Latour », Revue française de science politique, 65(2), pp. 279-302.

Tournay, Virginie (2014) « Sur un air de Moon River. Latour : Guerre et Paix du social », pp.23-34, in Tollis, Claire et al. (réd.) L’effet Latour. Ses modes d’existence dans les travaux doctoraux. Paris, Glyphe.

Contexte

section icon Thème du congrès 2016 (84e édition) :
Points de rencontre
manager icon Responsables :
Eve SEGUIN
section icon Date : 12 mai 2016

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