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Manuel PELLETIER : Cégep de Jonquière
Nombreux sont les philosophes ayant fait l'éloge de l'amitié pour sa noblesse morale, la présentant comme une relation affranchie des liens d'utilité ou de nécessité (Aristote, Cicéron). S'il est probable que nos intuitions aillent généralement en ce sens, il ne faut pas négliger la contribution très plausible d'autres philosophes, pour qui l'amitié, découlant de notre nature imparfaite, insuffisante, est une relation visant à satisfaire un désir ou combler un manque (Platon, Épicure). Si cette conception s'avère juste, on peut en déduire qu'il existe chez l'humain une puissante aspiration à sceller une amitié convoitée. Cela nous incite à envisager la séduction comme dispositif crucial dans l'établissement de ce type de relations. À travers deux œuvres, l'une de philosophie antique (le Lysis de Platon), l'autre de littérature contemporaine (Demian de Herman Hesse), nous tenterons de dégager une dynamique de séduction dans deux relations d'amitié, soit entre Socrate et Lysis et entre Émil Sinclair et Max Demian. Nous y découvrirons que sur le mode du dévoilement, conçu comme révélation progressive du séducteur, la possibilité d'un accès à une certaine connaissance ou conception du monde gagne en évidence pour le séduit, induisant ainsi une transformation de son être (actualisation du naturel philosophe, rejet des préjugés de son époque), et possiblement une transformation du monde souhaitée par le séducteur.
La séduction est au cœur de nos relations, et souvent à notre insu. Nous avons tendance, en Occident, à la réduire aux relations qui relèvent de la sexualité humaine (Baudrillard), et à la penser selon la triple dimension de la vérité, du pouvoir et de la sensibilité. Dans chacune de ces dimensions, elle est aussi en tension : entre tromperie et révélation (vérité), manipulation et libération (pouvoir), raison et désir (sensibilité). Mais la relation de séduction, à travers l’histoire, concerne aussi la pédagogie (le modèle et l’émulation : voir Rivard, 2012), le politique (le charisme et la rhétorique : Delporte), l’économie (la publicité, l’envie), le monde animal (les animaux entre eux — les parades — ou avec les humains : Bomsel, Lestel) et même notre relation aux choses, créées (les arts et les lettres, la technologie et ses promesses) ou non (le paysage, voir Cartier et Lew). Si la séduction est liée au désir et au symbole, à la reconnaissance et à l’acceptation, mais aussi à l’emprise et à la subjugation, on en comprendra aisément l’influence, l’importance et la force, aussi bien positive que négative, et cela tant pour le vivre ensemble que comme marqueur identitaire. Comment qualifier et comprendre les liens que nous tissons par le truchement de la séduction, en déceler les mécanismes communs, en entreprendre la critique? Par exemple, peut-on être séduit sans séducteur, comme quand un paysage nous charme? Y a-t-il séduction même sans intentionnalité consciente, comme chez les animaux ou quand autrui nous trouve attirant? Comment comprendre le jeu du désir dans la séduction, que son objet soit le sexe, l’amitié, l’apprentissage ou le profit? Quels sont ses symboles et ses rituels privilégiés? Peut-on d’ailleurs regrouper sous un même concept l’attirance, le charme, la fascination, l’influence, l’envoûtement et la séduction? L’intitulé de notre colloque nous invite à l’appréhender comme une relation complexe et dans la variété de ses manifestations.
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