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Vanessa Molina : Université d'Ottawa
L'objectif principal de cette communication est de contribuer à la réflexion sur les « pratiques contre-discursives du développement et de l'aménagement territorial qui participent à la création de nouveaux espaces sociaux et politiques », en proposant un concept méthodologique permettant de cerner à la fois les aménagements « dominants » et les aménagements « contre-discursifs ». Ce concept méthodologique est celui de « scène ». Il renvoie non pas (uniquement) à une composante de théâtre, mais bien à un schème mental de représentation du monde et d'insertion en celui-ci. La scène, articulant toujours une action, un espace, un temps et des sensations ressenties, est le schème qui synthétise et matérialise tout discours – qu'il soit institué ou instituant, dominant ou revendicateur. Elle permet ainsi de cerner les points de rupture et de rencontre de représentations en combat. La malléabilité du concept de scène permet d'aborder et de mettre en perspective une foule de phénomènes, notamment les reconfigurations spatiales contemporaines liées à une transformation politique des imaginaires sociaux. Au bout des analyses se dégagent non pas des combats entre scènes diamétralement opposées, mais des liens irréductibles, des inflexions subtiles de l'espace et du temps, ainsi que des co-représentations.
Les politiques de développement tout comme celles d’aménagement territorial contribuent à marginaliser certains groupes sociaux en assignant notamment des places et des occupations différenciées au sein de la société. Les populations visées par cet assujettissement ne se conforment pas nécessairement aux politiques et discours dominants. Leur résistance s’exprime à travers des contre-discours et des pratiques transgressives issus d’imaginaires sociaux. Les imaginaires sociaux font référence à la capacité de donner sens au monde qui nous entoure, particulièrement en posant l’existence des liens rassembleurs d’un « nous » imaginé. Constituées en acteurs politiques, les populations visées par ces discours dominants accordent une importance vitale à leur espace géographique, espace qu’elles investissent et sur lequel elles ont tissé des rapports sociaux et culturels qui assurent leur survie. L’analyse du rôle de ces imaginaires dans la construction des représentations sociales permet à la fois de rendre compte de l’irréductibilité de certaines conceptions du développement et de l’espace, et de saisir certains types de représentations qui résistent aux catégories prévues dans les politiques et les discours dominants.
Les pratiques d’appropriation de l’espace se multiplient et mettent en lumière l’enjeu politique inhérent à la dispute des lieux à travers des expressions diverses comme le théâtre, le conte, les festivités, les protestations contre le modèle économique, l’arrivée des déplacés, les occupations de terres et d’édifices publics, les demandes d’autonomie territoriale ou les dispositifs comme les cartes imaginaires. Ce colloque vise à définir des pratiques contre-discursives du développement et de l’aménagement territorial. Quels imaginaires de l’espace et du développement sont aujourd'hui véhiculés? Comment certains imaginaires participent-ils à reconfigurer de nouveaux espaces sociaux et politiques?
Titre du colloque :