Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Samir Hachani : Université d'Alger 2
Si l'histoire de la science est un amalgame d'influence diverses, à partir du 18e siècle l'Europe et plus tard le monde anglo-Saxon ont dominé l'histoire de la créativité et de l'innovation scientifiques. Cette innovation se matérialise dans un extrant qui est la publication scientifique. Publication également dominée par le monde occidental et plus particulièrement anglo-saxon où les 55 premiers journaux classés dans le classement du SCImago Journal & Country Rank sont soit nord-américains soit britanniques. Le Global Ranking of the Publishing Industry 2015 souligne la prepondérance des grands conglomérats anglo-saxons avec Pearson (GB), ThomsonReuters (US) et RELX Group (GB, US et Hollande). Cette concentration de l'information n'aurait-elle pas des conséquences sur la manière dont le savoir est disséminé, construit et accepté? L'origine des publications est-elle traitée objectivement? Les comités éditoriaux et les experts jugeant, filtrant et améliorant les soumissions sont-ils équilibrés quant à la présence des minorités, des Suds, des femmes? Un déséquilibre ne nuit-il pas non seulement à la bonne marche de la science mais aussi à sa diversité? N'accentue-t-il pas une ostracisation déjà existante de par les conditions socio-économico-politiques et exclut-elle une partie des chercheurs du monde de la recherche?
Dans la lignée des travaux de l’anthropologue Jean-Loup Amselle, on peut définir le métissage comme un processus continuel d’interactions entre plusieurs cultures qui transforme ces dernières d’une manière ou d’une autre. Autrement dit, le métissage désigne un processus par lequel toutes les cultures qui se rencontrent en sortent modifiées, ayant absorbé au moins quelques traits des autres. Le métissage se distingue alors du rapport de forces qui conduit une des cultures à imposer aux autres ses savoirs, ses représentations du monde, ses normes et ses pratiques sans se transformer elle-même, phénomène bien connu des études du colonialisme et de la mondialisation.
La science contemporaine est, dans une perspective constructiviste, une production culturelle étroitement liée à la modernité européenne et, depuis le 20e siècle, anglo-saxonne, ce qui se traduit par des normes, des pratiques et un régime de vérité bien particuliers, dominé par le postpositivisme. Ce régime de vérité exclut du champ scientifique de nombreuses pratiques de connaissance qui proviennent notamment des cultures non anglo-saxonnes, des pays du Sud ou des milieux non scientifiques. Ces pratiques sont-elles condamnées à exister en parallèle ou aux marges du champ scientifique, plus ou moins invisibles, ou peut-on imaginer des sciences métissées, qui acceptent de se laisser modifier par la rencontre avec d’autres savoirs, d’autres normes, d’autres pratiques de connaissance?
Ce colloque propose d’explorer, dans la foulée de travaux d’épistémologie sociale et politique, des cas concrets de métissage réussi ou impossible. Différents axes sont proposés : la rencontre de savoirs de différentes disciplines, de savoirs inspirés par des postures épistémologiques variées, de savoirs universitaires du Nord et du Sud, de savoirs scientifiques et artistiques, de savoirs scientifiques et non scientifiques, par exemple dans le cas des sciences participatives et citoyennes.