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Marie-Josée Lorrain : UQAM - Université du Québec à Montréal
Dans cette communication, la dynamique interculturelle est envisagée à partird'une expérience sociale spécifique, celle de travailleurs immigrants syndiqués, aux prises avec des préoccupations quotidiennes, liées à l'intégration et au maintien au travail au Québec. Partant du constat que « les immigrants n'arrivent pas dans le vide », nous faisons l'hypothèse que soutenir l'interprétation qu'ont les travailleurs immigrants de leur vécu conduit à une meilleure prise de conscience individuelle de son propre regard sur la différence. Il s'agit d'un geste micro qui a un impact direct à l'échelle méso et macro du système (meilleure compréhension des dynamiques interculturelles dans la société d'accueil, élargissement des réseaux socioprofessionnels, d'ouverture plus grande dans la hiérarchie organisationnelle, etc.). Dans cette communication, nous montrerons, à travers des extraits de témoignages de travailleurs immigrants, qu'outre les représentations et autres préjugés, d'autres facteurs peuvent avoir un impact pour faciliter la communication entre des personnes venant d'horizons différents : la compréhension des codes sociaux et culturels locaux, des codes propres aux autres communautés étrangères au Québec, des rapports de force entre Canadiens français et Canadiens anglais, mais aussi entre tous les Canadiens et les différentes communautés des Premières nations) ou encore les conditions d'existence imposées par l'avancée de la pensée néolibérale.
Le thème de l’harmonisation des relations interculturelles constitue un enjeu central de nos sociétés. Avec l’augmentation des flux migratoires et la mondialisation des enjeux politiques associés aux différences culturelles, la question des relations interculturelles devient récurrente dans l’actualité mondiale. Plusieurs événements récents rendent encore plus pertinente l’idée de s’interroger sur les enjeux, les stratégies, les obstacles et les pratiques liés à l’harmonisation des relations interculturelles. Au Québec, après la crise des « accommodements raisonnables » vint la crise sur la charte des valeurs, puis la crise du Niqab. L’exemple de la crise des réfugiés en Europe permet de mettre en question les stratégies diplomatiques et politiques des États pour accepter ou refuser un nombre conséquent d’individus jugés non intégrables. La crise en Syrie, les attaques de Boko Haram ou les attentats de Bamako, de Beyrouth, de Paris et de Tunis suggèrent une reconfiguration de la géopolitique et des intérêts stratégiques avec en toile de fond une lutte contre les terroristes transnationaux ou sectaires.
Face à une situation de déliquescence du débat public concernant le rapport à l’autre, le colloque vise à réfléchir aux stratégies nécessaires pour l’harmonisation des relations interculturelles. Quel est le rôle des dispositifs institutionnels et de la vie associative dans cette conciliation? La participation citoyenne par l’exercice des droits politiques, sociaux et culturels et par l’entremise des espaces de dialogue constitue-t-elle des lieux de pratique du vivre ensemble grâce à une négociation collective? Comment les différents acteurs (organisations internationales, gouvernements, organismes communautaires ou individus) interprètent-ils la situation actuelle? Outre la religion et les médias, quels sont les autres facteurs favorisant ou empêchant l’harmonisation des relations interculturelles? Quelles stratégies d’intervention sont mobilisées entre les centres et les périphéries à l’échelle locale et à l’international?
Les organisateurs remercient le CRSH (Conseil de recherches en sciences humaines) pour le financement d’une recherche partenariale qui a rendu possible la tenue de ce colloque.
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