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Frédérique Offredi : Collège Canada
Nous n'habitons plus les ruines de l'université, ou si peu; nous n'avons guère voix au chapitre lorsqu'il s'agit de décider de ce qui doit être cassé ou construit. Si nous ne voulons pas que le produit de nos réflexions fasse seulement l'objet d'une "consultation" par un aréopage aussi lointain qu'imperméable à nos arguments, il nous faut (re)gagner notre place dans les instances qui décident. Mais il faut aussi prendre très au sérieux la dimension financière de la vie des universités. Pour qu'un siège acquis dans un conseil d'administration ne soit pas un baiser de la mort, l'élu doit être en mesure de ne pas s'en laisser compter (!) par des gestionnaires qui n'hésiteront à aucune manœuvre d'intimidation intellectuelle, à coup d'affirmations péremptoires sur les contraintes budgétaires ou de distributions de rapports financiers opaques. Il est donc absolument vital que tout un chacun se (ré)approprie le langage de l'argent, qui constitue une arme argumentative dominante. Il faut exiger que l'université rende des comptes détaillés. Il est nécessaire que des professeurs et des étudiants de toutes disciplines deviennent hautement alphabétisés en comptabilité, finance, gestion, économie. Si le monde universitaire lui-même n'est pas capable d'opposer aux rhétoriques managériales un interlocuteur compétent et armé, comment espérer que notre société face pièce aux impostures du discours économique dominant ?
En 2016, nous célébrerons le 20e anniversaire de la publication de l’essai de Bill Readings, The University in Ruins (Harvard University Press), traduit en français sous le titre Dans les ruines de l’université en 2013 (Lux Éditeur). Cet ouvrage, rédigé par un professeur de littérature comparée de l’Université de Montréal peu avant son décès dans un accident d’avion en 1994, s’intéresse au nouveau rôle de l’université dans le contexte de la mondialisation et du déclin du modèle institutionnel de l’université de la « culture » tributaire de l’État-nation. En plus d’une brillante analyse des mutations que l’institution a subies dans les deux derniers siècles, le livre de Readings met de l’avant « des propositions concrètes pour habiter ses ruines et leur donner un sens nouveau ». La lucidité et l’actualité étonnante de cet ouvrage ouvrent la voie à d’importantes pistes de réflexions sur l’avenir de l’université et les enjeux actuels de la recherche, et ce, particulièrement dans les humanités.
L’ouvrage de Bill Readings invite à la discussion, à la polémique même. Il s’agit d’un « excellent » point de départ pour aborder les grandes questions qui préoccupent nombre d’intervenants du milieu universitaire actuel. Quelle sera la place des humanités et des sciences humaines dans un modèle universitaire qui valorise de plus en plus les sciences et les domaines de la recherche appliquée (« STEM »)? Quel type de recherche devrait être admis à l’université? Sous quelles conditions? En quoi la notion d’« excellence » (ou ses dérivés) a-t-elle transformé l’activité et l’évaluation de la recherche? L’université doit-elle s’adapter aux besoins du marché? Les diplômés doivent-ils être formés de façon professionnelle en vue de remplir des fonctions précises au sein de la société ou doivent-ils plutôt bénéficier d’une formation générale vaste et solide? Les notions de « culture générale » ou de « culture nationale » ont-elles encore un sens et une utilité aujourd’hui? En quoi la mondialisation transforme-t-elle la recherche et les institutions universitaires? Comment imaginer l’université « postnationale » et « posthistorique »? Comment interpréter l’apparition de nouvelles disciplines (études culturelles, études spécifiques, humanités numériques...) et de nouvelles approches de la recherche (recherche-création)? Comment l’équilibre de la recherche et de l’enseignement a-t-il été modifié dans l’université contemporaine? Quels ont été les effets concrets des mutations récentes de l’université (sur le modèle de gouvernance, le corps professoral, les étudiants)? De quelle façon peut-on « résister » de l’intérieur aux transformations de l’institution universitaire qui paraissent plus néfastes? Est-il encore possible d’avoir une pensée libre ou même « subversive » dans l’université d’aujourd’hui?
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