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Les imaginaires de justice dans la construction de l'économie paysanne : de la lutte pour la terre à la revendication territoriale en Colombie

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Leila Celis : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

Nous proposons ici l'hypothèse que l'histoire de la lutte de la paysannerie colombienne (autochtones, paysans et afrodescendants) repose sur un imaginaire de justice sociale qui voit dans la construction de l'économie paysanne, la manière de mettre fin à son exploitation par les grands propriétaires terriens. Guidée par cet imaginaire de justice sociale, la lutte paysanne a suivi un cycle de trois étapes qui semble appelé à se répéter indéfiniment. Lors de la première étape, que nous appelons d'autogestion, agissant de leur propre initiative, les paysans accèdent à la terre à travers la colonisation ou l'occupation de terres. L'économie paysanne requiert non seulement l'accès à terre, mais des infrastructures, des services publics, une assistance technique et des crédits. La lutte évolue vers une deuxième étape, une étape de réclamation au cours de laquelle ces intrants sont exigés à l'État. En réponse, les paysans n'obtiennent qu'une intensification de la violence, ils sont amenés à la dernière étape, celle de résistance dont le but principal est de protéger leur vie. Ils doivent alors quitter les terres chèrement acquises qui sont ensuite accaparées par les grands propriétaires. Retour au point de départ. Pour rompre avec ce cycle, les paysans ne luttent plus seulement pour la terre, mais pour la reconnaissance de droits territoriaux. Ils sont toujours interpelés par l'imaginaire de justice sociale, dont la condition de réalisation est la construction de l'économie paysanne.

Résumé du colloque

Les politiques de développement tout comme celles d’aménagement territorial contribuent à marginaliser certains groupes sociaux en assignant notamment des places et des occupations différenciées au sein de la société. Les populations visées par cet assujettissement ne se conforment pas nécessairement aux politiques et discours dominants. Leur résistance s’exprime à travers des contre-discours et des pratiques transgressives issus d’imaginaires sociaux. Les imaginaires sociaux font référence à la capacité de donner sens au monde qui nous entoure, particulièrement en posant l’existence des liens rassembleurs d’un « nous » imaginé. Constituées en acteurs politiques, les populations visées par ces discours dominants accordent une importance vitale à leur espace géographique, espace qu’elles investissent et sur lequel elles ont tissé des rapports sociaux et culturels qui assurent leur survie. L’analyse du rôle de ces imaginaires dans la construction des représentations sociales permet à la fois de rendre compte de l’irréductibilité de certaines conceptions du développement et de l’espace, et de saisir certains types de représentations qui résistent aux catégories prévues dans les politiques et les discours dominants.

Les pratiques d’appropriation de l’espace se multiplient et mettent en lumière l’enjeu politique inhérent à la dispute des lieux à travers des expressions diverses comme le théâtre, le conte, les festivités, les protestations contre le modèle économique, l’arrivée des déplacés, les occupations de terres et d’édifices publics, les demandes d’autonomie territoriale ou les dispositifs comme les cartes imaginaires. Ce colloque vise à définir des pratiques contre-discursives du développement et de l’aménagement territorial. Quels imaginaires de l’espace et du développement sont aujourd'hui véhiculés? Comment certains imaginaires participent-ils à reconfigurer de nouveaux espaces sociaux et politiques?

Contexte

section icon Thème du congrès 2016 (84e édition) :
Points de rencontre
section icon Date : 12 mai 2016

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