Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Sébastien BRUÈRE : IRSST - Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail
L'organisation lean semble engendrer des effets sur la santé (Bruère, 2014). Pourtant dans certains cas, le lean parvient à améliorer la performance sans dégrader la santé des travailleurs. À partir des cas de 12 entreprises ayant implantées ou implantant le lean en France et au Québec recueillis à travers les entretiens individuels et collectifs de 38 acteurs patronaux, syndicaux et de travailleurs, cette communication vise à présenter les modalités du processus d'actions et de décisions qui peuvent rapprocher ou éloigner l'organisation lean d'une organisation capacitante. L'organisation capacitante est un idéal-type organisationnel qui, en plus de ne pas avoir d'effet délétère sur les travailleurs, leur permet un développement de leur activité et de leur santé. Basée sur les espaces de discussions entre les niveaux hiérarchiques et entre travailleurs, cette organisation n'est pas incompatible avec lean. Toutefois, les modalités du travail d'organisation de la régulation conjointe du projet, de la cartographie de flux de valeur, des indicateurs de performance, de l'encadrement de proximité, de la gestion des savoirs ou de la coopération peuvent faire basculer l'organisation résultante de favorable à défavorable à la santé et inversement. Cette communication sera également l'occasion d'aborder d'un point de vue théorique la place et le rôle du développement dans le cadre de l'ergonomie constructive.
Les mutations actuelles du monde du travail conduisent les chercheurs en santé du travail à se mobiliser sur la question des pratiques managériales, sur des bases renouvelées. En effet, il semble que les formes de travail et leurs liens avec les risques professionnels en développement (troubles musculosquelettiques, risques psychosociaux, etc.) ne se laissent pas entièrement décoder au moyen des grilles de lecture actuelle.
Des recherches récentes de l’IRSST témoignent d’une évolution des questions qui se posent en matière de prévention. D’une part, en amont de toute manifestation de risques chez les travailleurs concernés, des situations d’innovation requièrent des analyses prospectives. Que peut-on dire, par exemple, d’un projet de développer un mode d’organisation allégé (lean)? Comment conseiller les décideurs sur la SST dans la période de structuration de nouvelles filières, de nouveaux métiers, de nouvelles lignes de production, etc.?
D’autre part, à un niveau plus microscopique, se pose aussi la question des effets des « petites » transformations (par exemple, ajout de tâches d’indicateur de performance, de contrôle qualité, de déplacement manuel des produits ou bien encore d’apprentissage, du fait des évolutions rapides des offres, des technologies, etc.). Elles touchent le contenu du travail de manière souvent progressive et sont « ambivalentes » dans leurs effets. Ces situations sont très difficiles à interpréter. On doit néanmoins prendre au sérieux l’hypothèse d’une tendance actuelle à la densification du travail ou à la réduction progressive des marges de manœuvre. De tels phénomènes sont en effet susceptibles de contribuer, dans certains cas, à une détérioration des conditions de travail et à la survenue des risques, tous types confondus.
Ces divers éléments conduisent à s’interroger sur la perspective traditionnellement adoptée en prévention des risques professionnels, laquelle émane des informations sur les risques avérés et s’efforce de remonter aux déterminants organisationnels de la situation de travail productif. Ce colloque propose de décaler le regard porté sur la situation : du travail « tel qu’il est organisé », vers le « fait même d’organiser ».
Ce colloque offre aux chercheurs qui souhaitent démarrer de nouvelles recherches dans le domaine un espace d’échange avec ceux qui ont déjà eu l’occasion de réaliser des recherches. Étant donné la complexité du sujet, il a été choisi d’avoir une ouverture permettant des discussions méthodologiques pluridisciplinaires. Ce sont ainsi des chercheurs de diverses disciplines (sociologie du travail, ergonomie, anthropologie, science de la gestion, clinique de l’activité, psychodynamique du travail, etc.) et de plusieurs nationalités qui présenteront leurs travaux et leurs questionnements.
Le colloque est constitué de quatre sessions d’une demi-journée chacune. Chaque session est close par une table ronde avec les intervenants qui la composent.
Titre du colloque :
Thème du colloque :