Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Joëlle Morrissette : Université de Montréal
L'expérience comme source de connaissances est prise en compte depuis le début des années 1980 dans certains courants qui se sont intéressés à la pratique des experts par rapport à celle des novices ou, plus récemment, en didactique professionnelle. Cependant, ils laissent souvent dans l'ombre la dynamique constructive de l'expérience, i.e. les interactions sociales qui la travaillent. S'appuyant sur une théorie de l'acteur et de la mobilisation de son savoir d'action, des traditions de recherche participative proposent des dispositifs permettant d'appréhender cette dynamique. Un Groupe de codéveloppement professionnel (GCP), composé de personnes ayant des positions et expertises variées, a contribué à éclairer une problématique à laquelle des enseignants du secondaire étaient confrontés. Nous relatons la démarche de l'un de ces enseignants, à partir des verbatim des rencontres en GCP, afin d'illustrer l'influence des interactions en GCP et lors des phases d'expérimentation en classe. L'analyse inductive de la démarche suivie par l'enseignante nous renseigne sur l'influence des interactions sur la redéfinition de la problématique, la pertinence des savoir-faire déjà développés et sur l'appréciation des pistes de travail à mettre à l'essai. En outre, elle contribue à dégager une définition dynamique et empirique de l'expérience, constituée de trois concepts: l'expérience épreuve, l'expérience laboratoire et l'expérience leçon.
L’expérience est aujourd’hui une composante incontournable du travail enseignant. Pour les enseignants, elle représente généralement la principale source de leur expertise. Elle est reconnue dorénavant comme élément central de la formation initiale des enseignants. Par l'entremise des stages, les stagiaires font eux-mêmes l’« expérience » du travail, et bénéficient de l’accompagnement d’enseignants chevronnés qui partagent avec eux leurs savoirs d’« expérience ». Depuis Schön (1983), voire Dewey (1910; 1938), l’apprentissage et le développement professionnel se réalisent grâce à un retour réflexif sur son « expérience ». Cela dit, le concept d’expérience est plurivoque. Il renvoie, sur le plan épistémologique, aux questions des origines de la connaissance, comme l’ont exploré les tenants de l’empirisme et du pragmatisme. Des sociologues tels que Dubet (1994) ont considéré le concept d’expérience au moyen du sens et des constructions identitaires. D’autres courants théoriques, comme la didactique professionnelle, se sont intéressés à l’expérience comme source d’apprentissage dans l’action et au travail comme référent pour développer les compétences professionnelles (Pastré, Mayen et Vergnaud, 2006). Ce colloque entend donc faire le point sur cette notion d’expérience polysémique et abondamment utilisée dans les recherches en éducation et les programmes de formation des enseignants. Il semble important de clarifier ce qu’on fait de cette notion en recherche et de situer ses enjeux spécifiques dans la formation des enseignants, initiale et continue, et dans ses différentes composantes (pédagogiques, pratiques, éthiques, etc.). Ce colloque sera aussi l’occasion d’explorer comment les expériences des uns et des autres (enseignants, superviseurs, stagiaires, élèves, parents, etc.) se conjuguent dans le travail enseignant et la formation en enseignement, et en vue de quels apprentissages elles sont prises en compte.
Titre du colloque :
Thème du colloque :