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Jean Bernatchez : UQAR - Université du Québec à Rimouski
Nous souhaitons contribuer à la discussion en utilisant comme vecteur de notre propos le concept de référentiel. Le référentiel n'est pas fondé sur un consensus mais sur un dissensus : c'est un «espace de sens» où se cristallisent les conflits qui naissent au moment des transitions entre deux visions du monde, révélant les dissensions entre les tenants du système de sens traditionnel et les partisans du changement. Les conflits dans le référentiel portent sur la répartition des ressources entre les acteurs, à l'intérieur d'un même système. Le rapport global-sectoriel s'explique par l'influence réciproque d'un référentiel global (par exemple, le régime marchand fondé sur le capitalisme financier) et d'un référentiel de secteur (par exemple, celui de l'économie du savoir, explicite de l'évolution récente du secteur de l'enseignement supérieur et fondé sur le capitalisme cognitif). Muller (2015) observe une transition d'un référentiel global à un autre, à cause d'un nouveau régime d'action publique (l'État désectorisé plutôt que l'État managérial) et d'un nouveau régime de citoyenneté (la citoyenneté en réseaux plutôt que la citoyenneté individuelle). Comment ce changement se traduira dans l'université de demain? À défaut de développer et de promouvoir une idée d'université conforme à un idéal (le nôtre est celui du développement humain caractérisé par la justice sociale, la paix et le développement durable), c'est la main invisible du marché qui conditionne notre destin collectif.
En 2016, nous célébrerons le 20e anniversaire de la publication de l’essai de Bill Readings, The University in Ruins (Harvard University Press), traduit en français sous le titre Dans les ruines de l’université en 2013 (Lux Éditeur). Cet ouvrage, rédigé par un professeur de littérature comparée de l’Université de Montréal peu avant son décès dans un accident d’avion en 1994, s’intéresse au nouveau rôle de l’université dans le contexte de la mondialisation et du déclin du modèle institutionnel de l’université de la « culture » tributaire de l’État-nation. En plus d’une brillante analyse des mutations que l’institution a subies dans les deux derniers siècles, le livre de Readings met de l’avant « des propositions concrètes pour habiter ses ruines et leur donner un sens nouveau ». La lucidité et l’actualité étonnante de cet ouvrage ouvrent la voie à d’importantes pistes de réflexions sur l’avenir de l’université et les enjeux actuels de la recherche, et ce, particulièrement dans les humanités.
L’ouvrage de Bill Readings invite à la discussion, à la polémique même. Il s’agit d’un « excellent » point de départ pour aborder les grandes questions qui préoccupent nombre d’intervenants du milieu universitaire actuel. Quelle sera la place des humanités et des sciences humaines dans un modèle universitaire qui valorise de plus en plus les sciences et les domaines de la recherche appliquée (« STEM »)? Quel type de recherche devrait être admis à l’université? Sous quelles conditions? En quoi la notion d’« excellence » (ou ses dérivés) a-t-elle transformé l’activité et l’évaluation de la recherche? L’université doit-elle s’adapter aux besoins du marché? Les diplômés doivent-ils être formés de façon professionnelle en vue de remplir des fonctions précises au sein de la société ou doivent-ils plutôt bénéficier d’une formation générale vaste et solide? Les notions de « culture générale » ou de « culture nationale » ont-elles encore un sens et une utilité aujourd’hui? En quoi la mondialisation transforme-t-elle la recherche et les institutions universitaires? Comment imaginer l’université « postnationale » et « posthistorique »? Comment interpréter l’apparition de nouvelles disciplines (études culturelles, études spécifiques, humanités numériques...) et de nouvelles approches de la recherche (recherche-création)? Comment l’équilibre de la recherche et de l’enseignement a-t-il été modifié dans l’université contemporaine? Quels ont été les effets concrets des mutations récentes de l’université (sur le modèle de gouvernance, le corps professoral, les étudiants)? De quelle façon peut-on « résister » de l’intérieur aux transformations de l’institution universitaire qui paraissent plus néfastes? Est-il encore possible d’avoir une pensée libre ou même « subversive » dans l’université d’aujourd’hui?
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