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Stéphane Couture : Université de Montréal
À l'aune de ma propre expérience, j'aimerais proposer une réflexion sur les possibilités et limites de métisser l'action militante et la recherche universitaire. Mon parcours universitaire est fondamentalement ancré dans un engagement militant. Initialement formé en informatique, c'est dans l'implication au sein des médias alternatifs et organisations de la société civile que j'en suis venu à m'intéresser aux sciences sociales. Durant mes études supérieures, j'ai toutefois poursuivi des démarches de recherche plus « scientifiques » marquées en partie par les idéaux de neutralité et d'objectivité. En effet, bien que les sujets de mes recherches étaient orientés vers mes intérêts politiques (sur les logiciels libres et les médias alternatifs), j'ai toujours tenu à maintenir une légitimité scientifique en m'attachant à la rigueur méthodologique, à la pertinence scientifique ou en maintenant une distinction assez nette entre l'action militante et la recherche. Depuis quelques mois cependant, j'ai investi plus fortement les processus plus militants des forums sociaux mondiaux, et ce, avec un certain appui universitaire. Bien que cela soit pour moi une source importante de réflexion intellectuelle, j'éprouve cependant une certaine ambivalence à décrire ma démarche comme « scientifique ». Jusqu'à quel point peut-on métisser action militante et recherche universitaire? Tel sera la question adressée par cette présentation.
Dans la lignée des travaux de l’anthropologue Jean-Loup Amselle, on peut définir le métissage comme un processus continuel d’interactions entre plusieurs cultures qui transforme ces dernières d’une manière ou d’une autre. Autrement dit, le métissage désigne un processus par lequel toutes les cultures qui se rencontrent en sortent modifiées, ayant absorbé au moins quelques traits des autres. Le métissage se distingue alors du rapport de forces qui conduit une des cultures à imposer aux autres ses savoirs, ses représentations du monde, ses normes et ses pratiques sans se transformer elle-même, phénomène bien connu des études du colonialisme et de la mondialisation.
La science contemporaine est, dans une perspective constructiviste, une production culturelle étroitement liée à la modernité européenne et, depuis le 20e siècle, anglo-saxonne, ce qui se traduit par des normes, des pratiques et un régime de vérité bien particuliers, dominé par le postpositivisme. Ce régime de vérité exclut du champ scientifique de nombreuses pratiques de connaissance qui proviennent notamment des cultures non anglo-saxonnes, des pays du Sud ou des milieux non scientifiques. Ces pratiques sont-elles condamnées à exister en parallèle ou aux marges du champ scientifique, plus ou moins invisibles, ou peut-on imaginer des sciences métissées, qui acceptent de se laisser modifier par la rencontre avec d’autres savoirs, d’autres normes, d’autres pratiques de connaissance?
Ce colloque propose d’explorer, dans la foulée de travaux d’épistémologie sociale et politique, des cas concrets de métissage réussi ou impossible. Différents axes sont proposés : la rencontre de savoirs de différentes disciplines, de savoirs inspirés par des postures épistémologiques variées, de savoirs universitaires du Nord et du Sud, de savoirs scientifiques et artistiques, de savoirs scientifiques et non scientifiques, par exemple dans le cas des sciences participatives et citoyennes.
Thème du colloque :