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Marc-André Anzueto
En étudiant les cas de la CICIG et d'ASF-Canada, cette communication cherche à mettre en lumière la logique politique derrière l'appui du gouvernement Harper. Utilisant une approche constructiviste appuyée par l'analyse de documents d'archives et d'une trentaine d'entretiens réalisés dans les deux pays, cette présentation examine l'aspect performatif des politiques canadiennes de droits humains au Guatemala sous l'ère Harper (2006-2015).
Depuis le début de ses activités en 2007, la Commission internationale contre l'impunité au Guatemala (CICIG) a constamment bénéficié de l'appui du Canada. Cette commission a été créée afin de démanteler les structures clandestines gangrénant l'État de droit au Guatemala. Or, le capital symbolique du Canada en matière de défense des droits humains sur la scène internationale a été fortement ébranlé sous l'ère Harper (2006-2015). D'une part, le gouvernement canadien a mis en œuvre une politique favorisant les intérêts du secteur extractif et, d'autre part, plusieurs organisations non-gouvernementales (ONG) canadiennes ayant critiqué ce tournant commercial de l'aide canadienne ont subi d'importantes coupures pour des raisons idéologiques. Malgré cela, le gouvernement Harper a continué de promouvoir le respect des droits humains au Guatemala en finançant d'importantes initiatives en termes de résolutions de litiges stratégiques pilotées par l'ONG Avocats Sans Frontières (ASF-Canada).
Les transformations sociales, politiques et économiques récentes dans les Amériques relèvent d’un processus de redéfinition du politique, devenu plus évident dans le contexte actuel de « fin de cycle » des régimes dits progressistes. En effet, depuis une quinzaine d’années, on constate un élargissement des pratiques démocratiques et citoyennes à l’extérieur du champ institutionnel traditionnel, en même temps qu’un rétrécissement des libertés publiques et une augmentation des pouvoirs de répression de la part des autorités étatiques. Par ailleurs, la mobilisation et l’action collective des acteurs sociaux sont de plus en plus ancrées à l’échelle locale ou régionale et prennent souvent la forme de mouvements de défense des collectivités face à l’accélération de la détérioration des milieux de vie. Ces mobilisations donnent parfois lieu à une revalorisation par les populations locales de leur pouvoir d’agir à différentes échelles, lequel vise à contrer l’effet des menaces qui pèsent sur leur qualité de vie et leurs conditions de survie. Dans d’autres cas, des conflits sociaux émergent et favorisent l’enracinement de pratiques autoritaires telles que la répression, la corruption et l’utilisation de la violence.
Ces dynamiques contradictoires engendrent des innovations politiques importantes dont l’étude systématique contribue à éclairer les trajectoires de construction de la citoyenneté (droits citoyens et inclusion politique) dans les Amériques. L’actuelle redéfinition, voire réinvention, du politique se situe à la croisée des tensions que nous observons entre deux versants de la société : 1) les espaces publics / lieux physiques et médiatisés de débats entre citoyens sur les enjeux qui concernent la gestion de la chose publique; et 2) les espaces de vie / territoires ou lieux à l’intérieur desquels s’organisent la production et la reproduction sociale (Thede et Dufour-Poirier, 2014). Ce colloque explorera certaines des dimensions actuelles de ce processus.