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Francois POULIOT : CHU de Québec-Université Laval
La première utilisation de nouvelles molécules chez l'humain, appelée couramment phase 1, cherche à étudier la sécurité du produit et à établir la dose optimale. Cette étape se réalise maintenant aussi dans les études de phase zéro, deux ou trois. En effet, l'identification de cibles moléculaires précises, la fabrication de molécules sur mesure, le phénomène de résistance, l'urgence d'offrir une certaine alternative à des patients en fin de course incitent à utiliser le nouveau produit plus rapidement et auprès d'une plus large population. Si l'on a pu accéder rapidement aux nouveaux médicaments contre le SIDA, on devrait faire de même contre le cancer.
Au plan éthique, plusieurs voient un intérêt thérapeutique pour tout malade participant à la recherche, même lors de la toute première utilisation. Si les bénéfices sont habituellement peu importants, le rapport risques/bénéfices est souvent intéressant. D'ailleurs, la motivation première de ces participants est le plus souvent l'amélioration de leur situation, non la production de connaissances. Plus radicalement encore, des patients sont prêts à prendre de grands risques pour la recherche sur leur maladie ou d'autres problèmes. Au regard de leur autonomie et de leur capacité à consentir, la prudence des autorités concernées apparaît à certains comme une forme dépassée de paternalisme.
Le recrutement va de pair avec le consentement, tant il vise l’approche des participants potentiels pour vérifier leur intérêt, avant leur consentement formel. Puisque le processus de recrutement implique une transmission d’information, il se superposerait, selon la FDA, au consentement.
En ce sens, le recrutement n’est pas une action banale : il soulève des questions éthiques, scientifiques et pratiques. Nos balises éthiques croisent les principes de respect de la personne, de bienveillance et de justice. Mais comment cela s’articule-t-il autour de la nature spécifique de chaque recherche? Autour de la vulnérabilité de la population à l’étude et du lien que le chercheur entretient avec les futurs participants? Vulnérabilité, par exemple, s’ils appartiennent à un groupe très restreint, s’ils se croient obligés de participer (en contexte de récupération de garde d’enfant notamment), ou s’ils trouvent cela valorisant. Ou bien s’ils sont en relation de dépendance ou de subordination à l’égard du chercheur.
Et sur le terrain, pourquoi les patients hospitalisés, dans les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD) ou les proches-aidants semblent-ils plus difficiles à approcher? Quel constat fait-on en contexte de maltraitance, de violence conjugale, lorsqu’il s’agit de mineurs ou de personnes marginalisées? Cette pratique normalisée par les centres d'éthique de la recherche (CER) de placer systématiquement un tiers entre le chercheur et le participant potentiel : est-ce vraiment la meilleure approche? À l’heure du 2.0, le recrutement en ligne serait-il une solution? Que dire des enjeux liés à l’approche directe des personnes? Comment faire face aux pressions externes des patients et des promoteurs dans le cas des essais cliniques?
Ces réalités de terrain où s’entremêlent pouvoir, biais de désirabilité ou concurrence pourraient-elles aller jusqu’à questionner la validité scientifique des données recueillies? Autant de questions qui, c’est notre objectif, ouvriront un libre débat sur les enjeux éthiques du recrutement.