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Sciences métissées, un enjeu à forte puissance heuristique et éthique. Plaidoyer pour la « justice cognitive »

Résumé de la communication

Le concept de « sciences métissées » ouvre la perspective d'une innovation scientifique et conceptuelle pour une réorientation globale de la pensée, à une époque où ne cesse de s'amplifier, dans l'univers des sciences, le débat sur les savoirs dits locaux, indigènes, autochtones, subalternes ou hétérodoxes. Pendant longtemps, il était admis que la modernité impliquait la destruction de ces savoirs et que le progrès dépendait des transferts scientifiques et techniques. Les échecs de l'aide au développement ont remis en cause ces idées reçues. Entre la crainte d'une disparition et la possibilité d'une dynamique endogène de ces savoirs, leur rencontre avec la modernité peut susciter un changement de paradigme : pour ne pas diluer et marginaliser les inventions du particulier, le métissage heuristique gagne à en tirer parti, pour espérer être le "pensum" de la transversalité et de la compétitivité. Compte tenu des inégalités en matière de connaissance, ces enjeux obligent à poser les questions nouvelles sur la manière de faire la science autrement, en créant des liens novateurs, participatifs, collaboratifs et alternatifs susceptibles d'induire des changements dans la pensée. Les sciences métissées, plus qu'un enjeu épistémologique, sont un principe éthique, invitant à respecter la dignité ontologique de chaque culture, à adopter une attitude de tolérance à l'égard des cultures différentes. C'est le plus grand enjeu de l'heure qui est avant tout, un défi à la pensée.

Résumé du colloque

Dans la lignée des travaux de l’anthropologue Jean-Loup Amselle, on peut définir le métissage comme un processus continuel d’interactions entre plusieurs cultures qui transforme ces dernières d’une manière ou d’une autre. Autrement dit, le métissage désigne un processus par lequel toutes les cultures qui se rencontrent en sortent modifiées, ayant absorbé au moins quelques traits des autres. Le métissage se distingue alors du rapport de forces qui conduit une des cultures à imposer aux autres ses savoirs, ses représentations du monde, ses normes et ses pratiques sans se transformer elle-même, phénomène bien connu des études du colonialisme et de la mondialisation.

La science contemporaine est, dans une perspective constructiviste, une production culturelle étroitement liée à la modernité européenne et, depuis le 20e siècle, anglo-saxonne, ce qui se traduit par des normes, des pratiques et un régime de vérité bien particuliers, dominé par le postpositivisme. Ce régime de vérité exclut du champ scientifique de nombreuses pratiques de connaissance qui proviennent notamment des cultures non anglo-saxonnes, des pays du Sud ou des milieux non scientifiques. Ces pratiques sont-elles condamnées à exister en parallèle ou aux marges du champ scientifique, plus ou moins invisibles, ou peut-on imaginer des sciences métissées, qui acceptent de se laisser modifier par la rencontre avec d’autres savoirs, d’autres normes, d’autres pratiques de connaissance?

Ce colloque propose d’explorer, dans la foulée de travaux d’épistémologie sociale et politique, des cas concrets de métissage réussi ou impossible. Différents axes sont proposés : la rencontre de savoirs de différentes disciplines, de savoirs inspirés par des postures épistémologiques variées, de savoirs universitaires du Nord et du Sud, de savoirs scientifiques et artistiques, de savoirs scientifiques et non scientifiques, par exemple dans le cas des sciences participatives et citoyennes.

Contexte

section icon Thème du congrès 2016 (84e édition) :
Points de rencontre
section icon Date : 12 mai 2016

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