Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Romain Lajarge : Université Grenoble Alpes
Si les principales découvertes scientifiques se sont situées entre d'anciennes certitudes disciplinaires, parfois grâce à de l'interdisciplinarité véritable (rare), souvent par des emprunts (plus ou moins contrôlés) aux concepts, théories ou méthodologies de disciplines "voisines", alors l'invitation à métisser les sciences est à prendre au sérieux en sciences humaines et sociales (SHS). Parce que les SHS souffrent d'un manque de reconnaissance de leurs acquis en matière de métissage scientifique fertile, leurs initiatives se doivent d'être décrites et mises en débat. Ce colloque pourrait être l'occasion d'un travail réflexif sur une de ces expériences de métissage, sur ses réussites et ses difficultés, sur la nature du partage de savoirs qui s'y opère, sur le conflit des normes et sur les horizons qui s'y dessinent. La communication se propose de partir du cas du CIST, Collège International des Sciences du Territoire, créé en France en 2010 à l'initiative de géographes mais regroupant en 2016, une trentaine de laboratoires ou groupes de recherche et environ 600 chercheurs en aménagement, urbanisme, architecture, économie, gestion, sociologie, démographie, histoire, sciences politiques, de la communication et autres SHS mais aussi quelques chercheurs en sciences de la santé, de l'environnement, biologie, informatique, ... et questionnant les relations avec l'ensemble des producteurs de savoirs sur les territoires se trouvant aussi partout en dehors de l'université !
Dans la lignée des travaux de l’anthropologue Jean-Loup Amselle, on peut définir le métissage comme un processus continuel d’interactions entre plusieurs cultures qui transforme ces dernières d’une manière ou d’une autre. Autrement dit, le métissage désigne un processus par lequel toutes les cultures qui se rencontrent en sortent modifiées, ayant absorbé au moins quelques traits des autres. Le métissage se distingue alors du rapport de forces qui conduit une des cultures à imposer aux autres ses savoirs, ses représentations du monde, ses normes et ses pratiques sans se transformer elle-même, phénomène bien connu des études du colonialisme et de la mondialisation.
La science contemporaine est, dans une perspective constructiviste, une production culturelle étroitement liée à la modernité européenne et, depuis le 20e siècle, anglo-saxonne, ce qui se traduit par des normes, des pratiques et un régime de vérité bien particuliers, dominé par le postpositivisme. Ce régime de vérité exclut du champ scientifique de nombreuses pratiques de connaissance qui proviennent notamment des cultures non anglo-saxonnes, des pays du Sud ou des milieux non scientifiques. Ces pratiques sont-elles condamnées à exister en parallèle ou aux marges du champ scientifique, plus ou moins invisibles, ou peut-on imaginer des sciences métissées, qui acceptent de se laisser modifier par la rencontre avec d’autres savoirs, d’autres normes, d’autres pratiques de connaissance?
Ce colloque propose d’explorer, dans la foulée de travaux d’épistémologie sociale et politique, des cas concrets de métissage réussi ou impossible. Différents axes sont proposés : la rencontre de savoirs de différentes disciplines, de savoirs inspirés par des postures épistémologiques variées, de savoirs universitaires du Nord et du Sud, de savoirs scientifiques et artistiques, de savoirs scientifiques et non scientifiques, par exemple dans le cas des sciences participatives et citoyennes.