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Vildan Bahar Tuncay : Université Laval
Plus précisément, ces innovations consistent à s'intégrer dès le début du vingtième siècle dans les politiques économiques de développement de l'État équatorien et non d'y résister contrairement à leurs pairs andins et amazoniens. Cette stratégie leur a permis de développer une certaine indépendance économique vis-à-vis ressources de l'État. Une autre stratégie a été l'adoption de la langue espagnole comme moyen de communication et des codes vestimentaires des groupes métis dès la période coloniale pour ne pas être les cibles des stratégies assimilationnistes de l'administration espagnole, dans un premier temps, et celles de l'État équatorien, dans un deuxième temps.
La communication a comme objectif de présenter les éléments de marginalisation spécifiques aux groupes autochtones du littoral équatorien dans les périodes
pré- hispanique, coloniale et républicaine et d'identifier les innovations politiques pour être considérés comme des acculturés et non comme des autochtones. En disparaissant des imaginaires nationaux et étatiques comme Autochtones, ils ont pu d'éviter d'être les cibles des différentes politiques assimilationnistes.
Les transformations sociales, politiques et économiques récentes dans les Amériques relèvent d’un processus de redéfinition du politique, devenu plus évident dans le contexte actuel de « fin de cycle » des régimes dits progressistes. En effet, depuis une quinzaine d’années, on constate un élargissement des pratiques démocratiques et citoyennes à l’extérieur du champ institutionnel traditionnel, en même temps qu’un rétrécissement des libertés publiques et une augmentation des pouvoirs de répression de la part des autorités étatiques. Par ailleurs, la mobilisation et l’action collective des acteurs sociaux sont de plus en plus ancrées à l’échelle locale ou régionale et prennent souvent la forme de mouvements de défense des collectivités face à l’accélération de la détérioration des milieux de vie. Ces mobilisations donnent parfois lieu à une revalorisation par les populations locales de leur pouvoir d’agir à différentes échelles, lequel vise à contrer l’effet des menaces qui pèsent sur leur qualité de vie et leurs conditions de survie. Dans d’autres cas, des conflits sociaux émergent et favorisent l’enracinement de pratiques autoritaires telles que la répression, la corruption et l’utilisation de la violence.
Ces dynamiques contradictoires engendrent des innovations politiques importantes dont l’étude systématique contribue à éclairer les trajectoires de construction de la citoyenneté (droits citoyens et inclusion politique) dans les Amériques. L’actuelle redéfinition, voire réinvention, du politique se situe à la croisée des tensions que nous observons entre deux versants de la société : 1) les espaces publics / lieux physiques et médiatisés de débats entre citoyens sur les enjeux qui concernent la gestion de la chose publique; et 2) les espaces de vie / territoires ou lieux à l’intérieur desquels s’organisent la production et la reproduction sociale (Thede et Dufour-Poirier, 2014). Ce colloque explorera certaines des dimensions actuelles de ce processus.