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Frederique Chevillot : Université de Denver
L'université du futur devra donner aux Sciences Humaines une place encore plus prépondérante. La raison en est simple : les «nations» (au sens que leur donne Readings) qui ont historiquement eu la capacité de créer des structures d'enseignement supérieur ne pourront plus donner à celles-ci la seule apparence d'un accueil poli de l'autre. L'autre n'existe plus tant notre humanité se globalise.
L'université doit apprendre à remettre en question, reconnaître et accepter les privilèges institutionnels et humains –ainsi que les formes d'oppression qui lui sont inhérentes– sur lesquels elle a injustement établi ses fondations intellectuelles. La condescendance civilisatrice d'un certain Occident à l'égard de ses anciennes colonies et autres formes historiques d'exploitation impérialiste –pour ne pas dire esclavagiste– n'est plus soutenable à une époque où «l'homme blanc occidental», créateur hégémonique d'un savoir illusoirement universel, est en passe de devenir obsolète sur son propre terrain d'expertise intellectuelle.
L'université ne peut plus offrir de résistance au dur travail de reconnaissance et de réconciliation exigé par l'historicité de son racisme, sexisme, classisme, homophobie, islamophobie, antisémitisme et autres ségrégations institutionnalisées.
Ce sera l'audace d'une université véritablement inclusive de tous ceux et de toutes celles qui n'ont pas eu le privilège historique de contribuer à l'élaboration de la connaissance humaine qui la rendra de nouveau subversive.
En 2016, nous célébrerons le 20e anniversaire de la publication de l’essai de Bill Readings, The University in Ruins (Harvard University Press), traduit en français sous le titre Dans les ruines de l’université en 2013 (Lux Éditeur). Cet ouvrage, rédigé par un professeur de littérature comparée de l’Université de Montréal peu avant son décès dans un accident d’avion en 1994, s’intéresse au nouveau rôle de l’université dans le contexte de la mondialisation et du déclin du modèle institutionnel de l’université de la « culture » tributaire de l’État-nation. En plus d’une brillante analyse des mutations que l’institution a subies dans les deux derniers siècles, le livre de Readings met de l’avant « des propositions concrètes pour habiter ses ruines et leur donner un sens nouveau ». La lucidité et l’actualité étonnante de cet ouvrage ouvrent la voie à d’importantes pistes de réflexions sur l’avenir de l’université et les enjeux actuels de la recherche, et ce, particulièrement dans les humanités.
L’ouvrage de Bill Readings invite à la discussion, à la polémique même. Il s’agit d’un « excellent » point de départ pour aborder les grandes questions qui préoccupent nombre d’intervenants du milieu universitaire actuel. Quelle sera la place des humanités et des sciences humaines dans un modèle universitaire qui valorise de plus en plus les sciences et les domaines de la recherche appliquée (« STEM »)? Quel type de recherche devrait être admis à l’université? Sous quelles conditions? En quoi la notion d’« excellence » (ou ses dérivés) a-t-elle transformé l’activité et l’évaluation de la recherche? L’université doit-elle s’adapter aux besoins du marché? Les diplômés doivent-ils être formés de façon professionnelle en vue de remplir des fonctions précises au sein de la société ou doivent-ils plutôt bénéficier d’une formation générale vaste et solide? Les notions de « culture générale » ou de « culture nationale » ont-elles encore un sens et une utilité aujourd’hui? En quoi la mondialisation transforme-t-elle la recherche et les institutions universitaires? Comment imaginer l’université « postnationale » et « posthistorique »? Comment interpréter l’apparition de nouvelles disciplines (études culturelles, études spécifiques, humanités numériques...) et de nouvelles approches de la recherche (recherche-création)? Comment l’équilibre de la recherche et de l’enseignement a-t-il été modifié dans l’université contemporaine? Quels ont été les effets concrets des mutations récentes de l’université (sur le modèle de gouvernance, le corps professoral, les étudiants)? De quelle façon peut-on « résister » de l’intérieur aux transformations de l’institution universitaire qui paraissent plus néfastes? Est-il encore possible d’avoir une pensée libre ou même « subversive » dans l’université d’aujourd’hui?
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