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Fábio Tozi : Universidade Estadual de Campinas
La communication s'interroge sur le nouveau processus d'urbanisation à Santos poussée par l'exploitation de pétrole dans la couche pré-salifère. En 2006, la compagnie pétrolière publique Petrobras a révélé l'existence de pétrole à grande profondeur. Même à 300 kilomètres de la côte, cette découverte a eu comme impact de renforcer la centralité de deux des plus riches villes du pays, Rio de Janeiro, siège de Petrobras et centre d'information, recherche et développement, et Santos (Sao Paolo), centre des opérations du pré-salé. L'article s'intéresse à l'impact de ces grands projets pétrolier sur la ville de Santos et sa région métropolitaine. Sous-jacente aux enjeux économiques est la question de la hausse de la pauvreté et le développement d'une nouvelle urbanisation précaire dans ce territoire compétitif, qui fait partie de la Macro-métropole pauliste. Pour la majorité de la population, les investissements réalisés ou promis ne se traduisent pas dans un quotidien sans pénuries. Leur usage de la ville continue d'être rattaché aux activités du circuit inferieur de l'économie urbaine.
Au cours de la dernière décennie, le Brésil a connu un essor économique sans précédent qui a favorisé la mise en chantier de nombreux grands projets urbains, entrepris dans un contexte marqué par la montée d’une vision néolibérale de la ville et d’une gestion urbaine entrepreneuriale. La tenue de mégaévénements comme les Jeux panaméricains de 2007, la Coupe du Monde de 2014 et les Jeux olympiques de 2016 a exacerbé ces transformations en accélérant le rythme et la taille des projets, mais également en permettant de contourner le processus démocratique afin d’accélérer et de faciliter leur réalisation. Carlos Vainer parle de la ville brésilienne contemporaine comme d’une « ville d’exception », s’appuyant sur la notion de « l’état d’exception » définie par Giorgio Agamben comme la suspension de lois, en situation de crise, afin de faire face à une « nécessité » imprévue. Le sentiment d’urgence lié à la tenue de mégaévénements légitime ainsi l’imposition d’un état d’exception sur la ville, avec l’assouplissement de certaines règles, l’adoption – souvent arbitraire – de mesures exceptionnelles telles que des exemptions d’obligations légales et autres dérogations urbanistiques, ainsi que la suspension de certains droits civiques afin d’accélérer la réalisation de projets et de servir les besoins des investisseurs et du grand capital immobilier.
Ce colloque s’intéresse aux enjeux liés aux profondes transformations qui touchent la ville brésilienne contemporaine et aux effets tant sociaux que territoriaux de la mise en place de la ville d’exception. Les enjeux relatifs à la privatisation de l’espace public et du territoire urbain, à la ségrégation sociospatiale, aux questions d’équité et de justice sociale, de droit à la ville, et d’accès aux transports, à l’habitation, à la sécurité et à la culture seront au cœur de ce débat. Collectivement, les participants tenteront de définir comment la ville brésilienne se redessine aujourd’hui alors qu’une grande crise secoue la société entière, en apportant chacun quelques éléments de réponse qui permettront de mieux comprendre ces transformations à une échelle et à un rythme inégalés dans l’histoire du pays. Le colloque fournira ainsi une réflexion approfondie sur les grands enjeux qui devront être relevés dans les années à venir afin d’éviter l’accélération du morcellement et de la ségrégation des villes du plus grand pays d’Amérique latine et de favoriser un développement plus démocratique.
Titre du colloque :