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Du naufrage de l'université à la barbarie?

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Maxime Ouellet : UQAM - Université du Québec à Montréal

Résumé de la communication

La liquidation de la pensée dialectique par le post-structuralisme a conduit à la dissolution de la pensée tout court. En ce sens, la dernière crise économique a consisté en une des manifestations les plus éclatantes de l'échec auquel a mené la disparition de la Raison comme idéal régulateur de l'université, notamment en ce que les innovations technologiques qui nourrissent le capitalisme cognitif tirent leurs origines des recherches effectuées dans les universités américaines. La pensée post-structuraliste s'est avérée impuissante face à la bêtise systémique dans laquelle nous plonge l'«économie du savoir», qui repose sur un processus de prolétarisation généralisée, au sein duquel l'être humain est dépossédé de son savoir-faire, de son savoir-être et de son savoir théorique, au profit de l'auto-valorisation illimitée et irrationnelle du capital et de la technique. Il reste que l'économie du savoir n'est pas exempte de contradictions. Le capitalisme cognitif est actuellement aux prises avec une crise dont il faut trouver la source dans «la baisse tendancielle de la valeur de l'esprit». Les contradictions de la postmodernité capitaliste se manifestent par une incapacité à édifier un monde commun, c.-à-d. un monde constitué par des êtres raisonnables. Seule une pensée de l'université en mesure de réfléchir à nouveau frais les conditions de possibilité d'un monde commun permettra d'élever les individus au-delà de leur animalité afin qu'ils ne «vivent et ne pensent pas comme des porcs».

Résumé du colloque

En 2016, nous célébrerons le 20e anniversaire de la publication de l’essai de Bill Readings, The University in Ruins (Harvard University Press), traduit en français sous le titre Dans les ruines de l’université en 2013 (Lux Éditeur). Cet ouvrage, rédigé par un professeur de littérature comparée de l’Université de Montréal peu avant son décès dans un accident d’avion en 1994, s’intéresse au nouveau rôle de l’université dans le contexte de la mondialisation et du déclin du modèle institutionnel de l’université de la « culture » tributaire de l’État-nation. En plus d’une brillante analyse des mutations que l’institution a subies dans les deux derniers siècles, le livre de Readings met de l’avant « des propositions concrètes pour habiter ses ruines et leur donner un sens nouveau ». La lucidité et l’actualité étonnante de cet ouvrage ouvrent la voie à d’importantes pistes de réflexions sur l’avenir de l’université et les enjeux actuels de la recherche, et ce, particulièrement dans les humanités.

L’ouvrage de Bill Readings invite à la discussion, à la polémique même. Il s’agit d’un « excellent » point de départ pour aborder les grandes questions qui préoccupent nombre d’intervenants du milieu universitaire actuel. Quelle sera la place des humanités et des sciences humaines dans un modèle universitaire qui valorise de plus en plus les sciences et les domaines de la recherche appliquée (« STEM »)? Quel type de recherche devrait être admis à l’université? Sous quelles conditions? En quoi la notion d’« excellence » (ou ses dérivés) a-t-elle transformé l’activité et l’évaluation de la recherche? L’université doit-elle s’adapter aux besoins du marché? Les diplômés doivent-ils être formés de façon professionnelle en vue de remplir des fonctions précises au sein de la société ou doivent-ils plutôt bénéficier d’une formation générale vaste et solide? Les notions de « culture générale » ou de « culture nationale » ont-elles encore un sens et une utilité aujourd’hui? En quoi la mondialisation transforme-t-elle la recherche et les institutions universitaires? Comment imaginer l’université « postnationale » et « posthistorique »? Comment interpréter l’apparition de nouvelles disciplines (études culturelles, études spécifiques, humanités numériques...) et de nouvelles approches de la recherche (recherche-création)? Comment l’équilibre de la recherche et de l’enseignement a-t-il été modifié dans l’université contemporaine? Quels ont été les effets concrets des mutations récentes de l’université (sur le modèle de gouvernance, le corps professoral, les étudiants)? De quelle façon peut-on « résister » de l’intérieur aux transformations de l’institution universitaire qui paraissent plus néfastes? Est-il encore possible d’avoir une pensée libre ou même « subversive » dans l’université d’aujourd’hui?

Contexte

section icon Thème du congrès 2016 (84e édition) :
Points de rencontre
section icon Date : 13 mai 2016

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