Veuillez choisir le dossier dans lequel vous souhaitez ajouter ce contenu :
Membre a labase
Audrey Groleau : UQTR- Université du Québec à Trois-Rivières
Depuis environ dix ans, de nombreux projets que l'on pourrait qualifier de citizen science sont en émergence. Il s'agit de recherches scientifiques auxquelles les citoyens et les citoyennes sont invités à participer, par exemple au moment de la collecte de données. À la fin des années 1990, Michel Callon (1998, 1999) a construit trois modèles de relations entre les citoyens, les citoyennes et les scientifiques : le Modèle de l'instruction publique, le Modèle du débat public et le Modèle de la coproduction des savoirs. En un mot, ces modèles se distinguent par la participation, ou non, des citoyens et des citoyennes dans les débats et dans la production de savoirs scientifiques. Ils ont depuis été largement réinvestis, autant en éducation aux sciences qu'en Science studies. Or, aucun de ces modèles ne représente les relations qui ont cours entre les citoyens, les citoyennes et les scientifiques dans le contexte d'initiatives de citizen science. Il faut dire que de telles initiatives étaient rares au moment de la publication des articles de Callon et que cet auteur s'intéresse principalement aux relations entre citoyens et scientifiques dans les controverses sociotechniques (alors que les thèmes exploités dans les initiatives de citizen science sont habituellement peu épineux). Dans cette communication, nous montrons en quoi l'ajout d'un Modèle de citizen science enrichirait la typologie des relations entre citoyens, citoyennes et scientifiques élaborée par Callon.
Dans la lignée des travaux de l’anthropologue Jean-Loup Amselle, on peut définir le métissage comme un processus continuel d’interactions entre plusieurs cultures qui transforme ces dernières d’une manière ou d’une autre. Autrement dit, le métissage désigne un processus par lequel toutes les cultures qui se rencontrent en sortent modifiées, ayant absorbé au moins quelques traits des autres. Le métissage se distingue alors du rapport de forces qui conduit une des cultures à imposer aux autres ses savoirs, ses représentations du monde, ses normes et ses pratiques sans se transformer elle-même, phénomène bien connu des études du colonialisme et de la mondialisation.
La science contemporaine est, dans une perspective constructiviste, une production culturelle étroitement liée à la modernité européenne et, depuis le 20e siècle, anglo-saxonne, ce qui se traduit par des normes, des pratiques et un régime de vérité bien particuliers, dominé par le postpositivisme. Ce régime de vérité exclut du champ scientifique de nombreuses pratiques de connaissance qui proviennent notamment des cultures non anglo-saxonnes, des pays du Sud ou des milieux non scientifiques. Ces pratiques sont-elles condamnées à exister en parallèle ou aux marges du champ scientifique, plus ou moins invisibles, ou peut-on imaginer des sciences métissées, qui acceptent de se laisser modifier par la rencontre avec d’autres savoirs, d’autres normes, d’autres pratiques de connaissance?
Ce colloque propose d’explorer, dans la foulée de travaux d’épistémologie sociale et politique, des cas concrets de métissage réussi ou impossible. Différents axes sont proposés : la rencontre de savoirs de différentes disciplines, de savoirs inspirés par des postures épistémologiques variées, de savoirs universitaires du Nord et du Sud, de savoirs scientifiques et artistiques, de savoirs scientifiques et non scientifiques, par exemple dans le cas des sciences participatives et citoyennes.
Thème du colloque :