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La séduction pédagogique : les jeux du désir

DJ

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Denis Jeffrey : Université Laval

Résumé de la communication

La pédagogie devient séduction si on la définit comme l'art de susciter le désir d'apprendre. Il s'agit bien d'un art qui, comme l'avait montré Fromm dans son petit livre L'art d'aimer, ne peut se passer de connaissances techniques, d'expériences et de sagesse. Ainsi, la séduction pédagogique est un art au service d'apprentissages. Soulignons par ricochet que le but de la pédagogie, quelle qu'elle soit, vise des apprentissages. Mais dans la séduction, il s'agit bien également de jeux de désirs. Comment envisager ces jeux de désirs dans un contexte pédagogique? Comme l'avait bien vu Lacan, le désir peut bien être le désir de l'autre, mais encore, faut-il que cet autre en accepte une part par identification. Dès lors, comment articuler la séduction au désir et à l'identification ? Pour un enseignant, être un modèle ne suffit pas pour produire du désir d'apprendre. Du point de vue de René Girard, pour qui le désir est mimétique, le désir de violence se propage plus facilement que le désir d'amour (Freud avait fait la même remarque dans Malaise dans la civilisation). Or, la pédagogie vise à allumer chez les élèves un amour pour le savoir. Comment arrive-t-il à créer un amour pour le savoir et à l'inscrire dans une permanence? L'effet de la séduction pourrait bien être passagère. Quelle est cette séduction (à la condition qu'elle soit pédagogique) qui peut opérer une sorte de conversion pour le désir de savoir, c'est-à-dire pour apprendre? Nous discuterons ici de ces questions.

Résumé du colloque

La séduction est au cœur de nos relations, et souvent à notre insu. Nous avons tendance, en Occident, à la réduire aux relations qui relèvent de la sexualité humaine (Baudrillard), et à la penser selon la triple dimension de la vérité, du pouvoir et de la sensibilité. Dans chacune de ces dimensions, elle est aussi en tension : entre tromperie et révélation (vérité), manipulation et libération (pouvoir), raison et désir (sensibilité). Mais la relation de séduction, à travers l’histoire, concerne aussi la pédagogie (le modèle et l’émulation : voir Rivard, 2012), le politique (le charisme et la rhétorique : Delporte), l’économie (la publicité, l’envie), le monde animal (les animaux entre eux — les parades — ou avec les humains : Bomsel, Lestel) et même notre relation aux choses, créées (les arts et les lettres, la technologie et ses promesses) ou non (le paysage, voir Cartier et Lew). Si la séduction est liée au désir et au symbole, à la reconnaissance et à l’acceptation, mais aussi à l’emprise et à la subjugation, on en comprendra aisément l’influence, l’importance et la force, aussi bien positive que négative, et cela tant pour le vivre ensemble que comme marqueur identitaire. Comment qualifier et comprendre les liens que nous tissons par le truchement de la séduction, en déceler les mécanismes communs, en entreprendre la critique? Par exemple, peut-on être séduit sans séducteur, comme quand un paysage nous charme? Y a-t-il séduction même sans intentionnalité consciente, comme chez les animaux ou quand autrui nous trouve attirant? Comment comprendre le jeu du désir dans la séduction, que son objet soit le sexe, l’amitié, l’apprentissage ou le profit? Quels sont ses symboles et ses rituels privilégiés? Peut-on d’ailleurs regrouper sous un même concept l’attirance, le charme, la fascination, l’influence, l’envoûtement et la séduction? L’intitulé de notre colloque nous invite à l’appréhender comme une relation complexe et dans la variété de ses manifestations.

Contexte

section icon Thème du congrès 2016 (84e édition) :
Points de rencontre
section icon Date : 13 mai 2016

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