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Maria Clara Dias : Universidade Federal do Rio de Janeiro
Nous sommes tous familier avec une classe d'espaces physiques et culturels auxquels nous attribuons le titre de «chez soi» ou de «notre foyer». Lorsque ces espaces de référence comprennent l'environnement dans lequel nous vivons, travaillons et profitons de notre temps libre, nous les identifions souvent comme « notre ville ». Appartenir à une ville peut sembler quelque chose de trivial. Cependant, au Brésil plusieurs individus ne jouissent pas de ce que nous pourrions appeler le «droit à la ville». Pour mieux comprendre la revendication du «droit à la ville» dans le contexte brésilien actuel, où les grands projets néolibéraux opèrent au détriment des demandes et des besoins spécifiques des populations défavorisées, je propose de répondre à trois questions : (i) quel est le contenu de ce droit ? (ii) à quel type de droit appartient « le droit à la ville » ? et, enfin, (iii) à qui attribuer ce droit ? Le droit à la ville est un droit fondamental, un droit exprimant des demandes morales essentielles. En m'opposant aux conceptions minimalistes néolibérales, qui limitent les droits fondamentaux à un ensemble de revendications individuelles de créatures libres et rationnelles, je défend une perspective morale plus inclusive et une conception de « droit à la ville » qui prend en compte les demandes et les spécificités des divers êtres qui habitent nos villes, qu'ils soient libres ou non, qu'ils soient rationnels ou non, qu'ils soient humains ou non.
Au cours de la dernière décennie, le Brésil a connu un essor économique sans précédent qui a favorisé la mise en chantier de nombreux grands projets urbains, entrepris dans un contexte marqué par la montée d’une vision néolibérale de la ville et d’une gestion urbaine entrepreneuriale. La tenue de mégaévénements comme les Jeux panaméricains de 2007, la Coupe du Monde de 2014 et les Jeux olympiques de 2016 a exacerbé ces transformations en accélérant le rythme et la taille des projets, mais également en permettant de contourner le processus démocratique afin d’accélérer et de faciliter leur réalisation. Carlos Vainer parle de la ville brésilienne contemporaine comme d’une « ville d’exception », s’appuyant sur la notion de « l’état d’exception » définie par Giorgio Agamben comme la suspension de lois, en situation de crise, afin de faire face à une « nécessité » imprévue. Le sentiment d’urgence lié à la tenue de mégaévénements légitime ainsi l’imposition d’un état d’exception sur la ville, avec l’assouplissement de certaines règles, l’adoption – souvent arbitraire – de mesures exceptionnelles telles que des exemptions d’obligations légales et autres dérogations urbanistiques, ainsi que la suspension de certains droits civiques afin d’accélérer la réalisation de projets et de servir les besoins des investisseurs et du grand capital immobilier.
Ce colloque s’intéresse aux enjeux liés aux profondes transformations qui touchent la ville brésilienne contemporaine et aux effets tant sociaux que territoriaux de la mise en place de la ville d’exception. Les enjeux relatifs à la privatisation de l’espace public et du territoire urbain, à la ségrégation sociospatiale, aux questions d’équité et de justice sociale, de droit à la ville, et d’accès aux transports, à l’habitation, à la sécurité et à la culture seront au cœur de ce débat. Collectivement, les participants tenteront de définir comment la ville brésilienne se redessine aujourd’hui alors qu’une grande crise secoue la société entière, en apportant chacun quelques éléments de réponse qui permettront de mieux comprendre ces transformations à une échelle et à un rythme inégalés dans l’histoire du pays. Le colloque fournira ainsi une réflexion approfondie sur les grands enjeux qui devront être relevés dans les années à venir afin d’éviter l’accélération du morcellement et de la ségrégation des villes du plus grand pays d’Amérique latine et de favoriser un développement plus démocratique.
Titre du colloque :