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Frédéric MERCURE-JOLETTE : Université de Montréal
L'objectif de cette communication est d'analyser les utilisations du mot taudis durant les années 1950 et 1960 à Montréal. Tout énoncé contenant ce mot provoque des effets : ceux-ci vont du dégoût, à la dénonciation ou la stigmatisation. Lié à un imaginaire d'inconfort, de menace ou de contestation, son sens dépend du contexte d'énonciation. Si, initialement, le taudis désigne un abri de fortune, dans le contexte urbain moderne, il exprime une situation intolérable: il est « un cancer qui ronge la ville » écrit The Gazette en 1957. Les revendications prennent différentes formes selon la personne qui parle. La voix de l'expert –qui préfère utiliser des expressions comme « logement insalubre » ou « habitat défectueux » – diffère de celle d'un politique, d'un chroniqueur, d'un organisme de charité ou d'un habitant. Afin de marquer ces différences et d'interroger les potentialités du concept, je vais comparer les débats entourant le plan Dozois, ayant donné naissance aux Habitations Jeanne-Mance à la fin des années 1950, avec ceux soulevés par le projet de rénovation urbaine dans la p'tite Bourgogne qui, moins de dix ans plus tard, se déroule dans un contexte de résistance plus visible. Dans ce deuxième cas, cette qualification – et surtout ses effets stigmatisants – est contestée. Je montrerai que cette contestation ouvre sur une remise en question des indicateurs utilisés pour définir l'habitabilité et que, menée à terme, elle atteint les conditions de possibilité de l'action publique.
Les politiques de développement tout comme celles d’aménagement territorial contribuent à marginaliser certains groupes sociaux en assignant notamment des places et des occupations différenciées au sein de la société. Les populations visées par cet assujettissement ne se conforment pas nécessairement aux politiques et discours dominants. Leur résistance s’exprime à travers des contre-discours et des pratiques transgressives issus d’imaginaires sociaux. Les imaginaires sociaux font référence à la capacité de donner sens au monde qui nous entoure, particulièrement en posant l’existence des liens rassembleurs d’un « nous » imaginé. Constituées en acteurs politiques, les populations visées par ces discours dominants accordent une importance vitale à leur espace géographique, espace qu’elles investissent et sur lequel elles ont tissé des rapports sociaux et culturels qui assurent leur survie. L’analyse du rôle de ces imaginaires dans la construction des représentations sociales permet à la fois de rendre compte de l’irréductibilité de certaines conceptions du développement et de l’espace, et de saisir certains types de représentations qui résistent aux catégories prévues dans les politiques et les discours dominants.
Les pratiques d’appropriation de l’espace se multiplient et mettent en lumière l’enjeu politique inhérent à la dispute des lieux à travers des expressions diverses comme le théâtre, le conte, les festivités, les protestations contre le modèle économique, l’arrivée des déplacés, les occupations de terres et d’édifices publics, les demandes d’autonomie territoriale ou les dispositifs comme les cartes imaginaires. Ce colloque vise à définir des pratiques contre-discursives du développement et de l’aménagement territorial. Quels imaginaires de l’espace et du développement sont aujourd'hui véhiculés? Comment certains imaginaires participent-ils à reconfigurer de nouveaux espaces sociaux et politiques?