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Alain CARON : UQAM - Université du Québec à Montréal
Selon Loretta Lees (2014), la gentrification est le résultat de forces historiques, contextuelles et temporelles particulières, et l'applicabilité de ce concept nécessite une étude approfondie. En prenant comme base les expériences de deux villes des Amériques, Rio de Janeiro (Brésil) et La Havane (Cuba), ce travail vise à analyser et à expliquer les processus de gentrification de deux projets de revitalisation de centres anciens. À Rio de Janeiro, le projet Porto Maravilha a contribué au déplacement de résidents de trois quartiers historiques du centre et à l'augmentation de la ségrégation socio-spatiale. À La Havane, malgré l'idéologie socialiste et les succès de la revitalisation intégrale amorcée en 1994 par le Bureau de l'Historien de la ville, le centre historique risque de vivre un processus de gentrification généré par le retour de la libre entreprise, la libéralisation du marché immobilier et le rétablissement des relations diplomatiques avec les États-Unis. Ce travail s'intéresse aussi aux mécanismes de défense contre la gentrification, prenant le cas de la Communauté Milton Parc de Montréal comme exemple d'alternative à la gentrification. En utilisant la propriété collective, on a pu garantir la permanence des résidents, avec des loyers fixés en fonction de leur capacité de payer et l'autofinancement, générant des loyers inférieurs aux prix du marché. Les membres de la coopérative présentent encore aujourd'hui une grande diversité de profils socio-économiques.
Au cours de la dernière décennie, le Brésil a connu un essor économique sans précédent qui a favorisé la mise en chantier de nombreux grands projets urbains, entrepris dans un contexte marqué par la montée d’une vision néolibérale de la ville et d’une gestion urbaine entrepreneuriale. La tenue de mégaévénements comme les Jeux panaméricains de 2007, la Coupe du Monde de 2014 et les Jeux olympiques de 2016 a exacerbé ces transformations en accélérant le rythme et la taille des projets, mais également en permettant de contourner le processus démocratique afin d’accélérer et de faciliter leur réalisation. Carlos Vainer parle de la ville brésilienne contemporaine comme d’une « ville d’exception », s’appuyant sur la notion de « l’état d’exception » définie par Giorgio Agamben comme la suspension de lois, en situation de crise, afin de faire face à une « nécessité » imprévue. Le sentiment d’urgence lié à la tenue de mégaévénements légitime ainsi l’imposition d’un état d’exception sur la ville, avec l’assouplissement de certaines règles, l’adoption – souvent arbitraire – de mesures exceptionnelles telles que des exemptions d’obligations légales et autres dérogations urbanistiques, ainsi que la suspension de certains droits civiques afin d’accélérer la réalisation de projets et de servir les besoins des investisseurs et du grand capital immobilier.
Ce colloque s’intéresse aux enjeux liés aux profondes transformations qui touchent la ville brésilienne contemporaine et aux effets tant sociaux que territoriaux de la mise en place de la ville d’exception. Les enjeux relatifs à la privatisation de l’espace public et du territoire urbain, à la ségrégation sociospatiale, aux questions d’équité et de justice sociale, de droit à la ville, et d’accès aux transports, à l’habitation, à la sécurité et à la culture seront au cœur de ce débat. Collectivement, les participants tenteront de définir comment la ville brésilienne se redessine aujourd’hui alors qu’une grande crise secoue la société entière, en apportant chacun quelques éléments de réponse qui permettront de mieux comprendre ces transformations à une échelle et à un rythme inégalés dans l’histoire du pays. Le colloque fournira ainsi une réflexion approfondie sur les grands enjeux qui devront être relevés dans les années à venir afin d’éviter l’accélération du morcellement et de la ségrégation des villes du plus grand pays d’Amérique latine et de favoriser un développement plus démocratique.
Titre du colloque :