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Julia Andrade : Universidade do Estado do Rio de Janeiro
Le projet de revitalisation urbaine du Porto Maravilha, au centre de Rio de Janeiro, occasionne des modifications profondes dans les usages et fonctions des espaces situés à l'intérieur de son périmètre. Plusieurs groupes de résidents et d'usagers sont menacés d'expulsion par la pression immobilière, et ce, avec la bénédiction de l'État. Plusieurs groupes revendiquent le droit de continuer à vivre dans le secteur, deux desquels seront l'objet de cette analyse : Le morro da Providência, la plus ancienne favela du Brésil, et le Quilombo da Pedra do Sal, une communauté qui se réclame comme descendant d'anciens esclaves. Notre étude vise à comparer les deux situations et à analyse les stratégies de lutte politique déployées par chacun. Quelles sont les discours et pratiques de revendication utilisés par les résidents ? Comment les groupes communiquent-ils entre eux et partagent leurs actions ? Dans un contexte qui menace les droits des résidents démunis, il est primordial de comprendre les stratégies visant à garantir le droit à la ville de ces populations. Ce qui nous intéresse avant tout est de comprendre, comme nous l'enseigne Frantz Fanon, la mutation, la transformation intérieure qui a lieu pendant le combat, afin de saisir comment les damnés de la terre arrivent à se libérer lors de la confrontation inévitable entre oppresseur et opprimé.
Au cours de la dernière décennie, le Brésil a connu un essor économique sans précédent qui a favorisé la mise en chantier de nombreux grands projets urbains, entrepris dans un contexte marqué par la montée d’une vision néolibérale de la ville et d’une gestion urbaine entrepreneuriale. La tenue de mégaévénements comme les Jeux panaméricains de 2007, la Coupe du Monde de 2014 et les Jeux olympiques de 2016 a exacerbé ces transformations en accélérant le rythme et la taille des projets, mais également en permettant de contourner le processus démocratique afin d’accélérer et de faciliter leur réalisation. Carlos Vainer parle de la ville brésilienne contemporaine comme d’une « ville d’exception », s’appuyant sur la notion de « l’état d’exception » définie par Giorgio Agamben comme la suspension de lois, en situation de crise, afin de faire face à une « nécessité » imprévue. Le sentiment d’urgence lié à la tenue de mégaévénements légitime ainsi l’imposition d’un état d’exception sur la ville, avec l’assouplissement de certaines règles, l’adoption – souvent arbitraire – de mesures exceptionnelles telles que des exemptions d’obligations légales et autres dérogations urbanistiques, ainsi que la suspension de certains droits civiques afin d’accélérer la réalisation de projets et de servir les besoins des investisseurs et du grand capital immobilier.
Ce colloque s’intéresse aux enjeux liés aux profondes transformations qui touchent la ville brésilienne contemporaine et aux effets tant sociaux que territoriaux de la mise en place de la ville d’exception. Les enjeux relatifs à la privatisation de l’espace public et du territoire urbain, à la ségrégation sociospatiale, aux questions d’équité et de justice sociale, de droit à la ville, et d’accès aux transports, à l’habitation, à la sécurité et à la culture seront au cœur de ce débat. Collectivement, les participants tenteront de définir comment la ville brésilienne se redessine aujourd’hui alors qu’une grande crise secoue la société entière, en apportant chacun quelques éléments de réponse qui permettront de mieux comprendre ces transformations à une échelle et à un rythme inégalés dans l’histoire du pays. Le colloque fournira ainsi une réflexion approfondie sur les grands enjeux qui devront être relevés dans les années à venir afin d’éviter l’accélération du morcellement et de la ségrégation des villes du plus grand pays d’Amérique latine et de favoriser un développement plus démocratique.
Titre du colloque :