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Claude Gélinas : Université de Sherbrooke
Un des paradoxes qui caractérisent l'histoire des relations entre autochtones et non-autochtones au Canada, du 19e siècle à nos jours, est qu'au même moment ou l'État cherchait à accélérer l'assimilation des premiers occupants, de larges pans de la population canadienne faisait de la représentation de l'Indien traditionnel un vecteur de séduction au service d'une mise en marché de valeurs ou de produits commerciaux. Cette représentation de l'indianité, largement issue d'un construit pragmatique, a parallèlement été récupérée par les autochtones eux-mêmes afin de donner une légitimité à leurs revendications politiques et juridiques. Aujourd'hui, cette fonction séductrice de l'indianité pose toutefois un défi pour les autochtones, dans la mesure où si elle continue d'agir à l'appui de leur lutte politique, ou en support à certains secteurs économiques comme le tourisme culturel, elle séduit aussi des Occidentaux au point où ceux-ci cherchent à se l'approprier, particulièrement dans sa dimension spirituelle. Ceci s'avère préoccupant pour les autochtones dans la mesure où leur particularisme culturel justifie, à bien des égards, le statut et les droits distincts dont ils jouissent. Aussi, que pourrait-il advenir de ce statut et de ces droits si ce particularisme culturel s'amenuise? Une telle réalité fait bien ressortir comment une démarche de séduction, dès qu'elle est lancée, ne se trouve plus sous le seul contrôle du séducteur.
La séduction est au cœur de nos relations, et souvent à notre insu. Nous avons tendance, en Occident, à la réduire aux relations qui relèvent de la sexualité humaine (Baudrillard), et à la penser selon la triple dimension de la vérité, du pouvoir et de la sensibilité. Dans chacune de ces dimensions, elle est aussi en tension : entre tromperie et révélation (vérité), manipulation et libération (pouvoir), raison et désir (sensibilité). Mais la relation de séduction, à travers l’histoire, concerne aussi la pédagogie (le modèle et l’émulation : voir Rivard, 2012), le politique (le charisme et la rhétorique : Delporte), l’économie (la publicité, l’envie), le monde animal (les animaux entre eux — les parades — ou avec les humains : Bomsel, Lestel) et même notre relation aux choses, créées (les arts et les lettres, la technologie et ses promesses) ou non (le paysage, voir Cartier et Lew). Si la séduction est liée au désir et au symbole, à la reconnaissance et à l’acceptation, mais aussi à l’emprise et à la subjugation, on en comprendra aisément l’influence, l’importance et la force, aussi bien positive que négative, et cela tant pour le vivre ensemble que comme marqueur identitaire. Comment qualifier et comprendre les liens que nous tissons par le truchement de la séduction, en déceler les mécanismes communs, en entreprendre la critique? Par exemple, peut-on être séduit sans séducteur, comme quand un paysage nous charme? Y a-t-il séduction même sans intentionnalité consciente, comme chez les animaux ou quand autrui nous trouve attirant? Comment comprendre le jeu du désir dans la séduction, que son objet soit le sexe, l’amitié, l’apprentissage ou le profit? Quels sont ses symboles et ses rituels privilégiés? Peut-on d’ailleurs regrouper sous un même concept l’attirance, le charme, la fascination, l’influence, l’envoûtement et la séduction? L’intitulé de notre colloque nous invite à l’appréhender comme une relation complexe et dans la variété de ses manifestations.
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