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Manon ALBERT : Université Laval
En tant qu'acteurs importants de cohésion sociale, les institutions scolaires ont comme objectif, entres autres, de préparer les jeunes générations à l'exercice de la citoyenneté. Dans cette perspective, l'enseignement des sciences dites de la nature vise à développer une « alphabétisation scientifique » que d'autres nomment culture scientifique (Albe, 2011; Holbrook & Rannikmae, 2009). Cette alphabétisation scientifique n'est pas un concept univoque; elle peut viser autant les compétences pratiques que la formation de valeurs liées à l'exercice d'une citoyenneté responsable. De plus, l'enseignement des sciences ne peut faire abstraction des enjeux épistémologiques qui lui donnent forme (Fourez, 2002). Qu'en est-il des épistémologies sous-jacentes aux sciences biologiques? Partagent-elles une épistémologie commune ou, au contraire, se distinguent-elles d'une discipline à l'autre? Par exemple, l'écologie et la biologie moléculaire partagent-elles ou non leur ancrage épistémologique? Favorisent-elles la construction des mêmes rapports au vivant? À partir de trois ouvrages de biologie générale utilisés en enseignement collégial, cette communication présente l'analyse des concepts de « vivant », d'« espèce » et de « gène » et leurs épistémologies sous-jacentes. Cette analyse cherche à apporter des pistes de réflexion à l'étude des types de rapports au vivant que ces épistémologies favorisent (dell'Angelo-Sauvage, 2015).
Dans la lignée des travaux de l’anthropologue Jean-Loup Amselle, on peut définir le métissage comme un processus continuel d’interactions entre plusieurs cultures qui transforme ces dernières d’une manière ou d’une autre. Autrement dit, le métissage désigne un processus par lequel toutes les cultures qui se rencontrent en sortent modifiées, ayant absorbé au moins quelques traits des autres. Le métissage se distingue alors du rapport de forces qui conduit une des cultures à imposer aux autres ses savoirs, ses représentations du monde, ses normes et ses pratiques sans se transformer elle-même, phénomène bien connu des études du colonialisme et de la mondialisation.
La science contemporaine est, dans une perspective constructiviste, une production culturelle étroitement liée à la modernité européenne et, depuis le 20e siècle, anglo-saxonne, ce qui se traduit par des normes, des pratiques et un régime de vérité bien particuliers, dominé par le postpositivisme. Ce régime de vérité exclut du champ scientifique de nombreuses pratiques de connaissance qui proviennent notamment des cultures non anglo-saxonnes, des pays du Sud ou des milieux non scientifiques. Ces pratiques sont-elles condamnées à exister en parallèle ou aux marges du champ scientifique, plus ou moins invisibles, ou peut-on imaginer des sciences métissées, qui acceptent de se laisser modifier par la rencontre avec d’autres savoirs, d’autres normes, d’autres pratiques de connaissance?
Ce colloque propose d’explorer, dans la foulée de travaux d’épistémologie sociale et politique, des cas concrets de métissage réussi ou impossible. Différents axes sont proposés : la rencontre de savoirs de différentes disciplines, de savoirs inspirés par des postures épistémologiques variées, de savoirs universitaires du Nord et du Sud, de savoirs scientifiques et artistiques, de savoirs scientifiques et non scientifiques, par exemple dans le cas des sciences participatives et citoyennes.