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Fontes Tiago : Universidade Federal do Rio de Janeiro
Initié en 2009, le Porto Maravilha propose une série d'interventions visant à transformer la dynamique socio-économique de la zone portuaire de Rio de Janeiro. Le projet comprend trois quartiers de classe ouvrière, en plus d'un vaste territoire d'expansion des activités portuaires. Le réaménagement des infrastructures urbaines et un mode novateur de financement ont été mis en place pour y promouvoir l'entreprenariat. Toutefois, la densification de la fonction résidentielle et l'attribution de ressources pour répondre aux besoins en logements abordables n'ont pas été incluses dans la loi encadrant l'opération urbaine. Il faudra six ans pour qu'un plan de logement social (PHIS-Porto) soit adopté, en réponse aux demandes de la population et des mouvements sociaux. Malgré la mise en place de solutions novatrices fixant le prix des terrains, le plan comporte de nombreuses lacunes. L'objectif de 10 000 logements, sans emplacement ni délai définis, est incompatible avec les ressources disponibles, alors que les rares terrains publics du secteur sont déjà promis aux investisseurs privés. A partir d'un relevé des bâtiments publics existants, le travail répertorie les édifices destinés au marché immobilier et à la création de logements sociaux. Le travail compare également la densité prévue des terrains destinés à l'immobilier et au logement, afin d'augmenter le potentiel constructif de logement sociaux et de proposer des amendements juridiques majorant la production résidentielle.
Au cours de la dernière décennie, le Brésil a connu un essor économique sans précédent qui a favorisé la mise en chantier de nombreux grands projets urbains, entrepris dans un contexte marqué par la montée d’une vision néolibérale de la ville et d’une gestion urbaine entrepreneuriale. La tenue de mégaévénements comme les Jeux panaméricains de 2007, la Coupe du Monde de 2014 et les Jeux olympiques de 2016 a exacerbé ces transformations en accélérant le rythme et la taille des projets, mais également en permettant de contourner le processus démocratique afin d’accélérer et de faciliter leur réalisation. Carlos Vainer parle de la ville brésilienne contemporaine comme d’une « ville d’exception », s’appuyant sur la notion de « l’état d’exception » définie par Giorgio Agamben comme la suspension de lois, en situation de crise, afin de faire face à une « nécessité » imprévue. Le sentiment d’urgence lié à la tenue de mégaévénements légitime ainsi l’imposition d’un état d’exception sur la ville, avec l’assouplissement de certaines règles, l’adoption – souvent arbitraire – de mesures exceptionnelles telles que des exemptions d’obligations légales et autres dérogations urbanistiques, ainsi que la suspension de certains droits civiques afin d’accélérer la réalisation de projets et de servir les besoins des investisseurs et du grand capital immobilier.
Ce colloque s’intéresse aux enjeux liés aux profondes transformations qui touchent la ville brésilienne contemporaine et aux effets tant sociaux que territoriaux de la mise en place de la ville d’exception. Les enjeux relatifs à la privatisation de l’espace public et du territoire urbain, à la ségrégation sociospatiale, aux questions d’équité et de justice sociale, de droit à la ville, et d’accès aux transports, à l’habitation, à la sécurité et à la culture seront au cœur de ce débat. Collectivement, les participants tenteront de définir comment la ville brésilienne se redessine aujourd’hui alors qu’une grande crise secoue la société entière, en apportant chacun quelques éléments de réponse qui permettront de mieux comprendre ces transformations à une échelle et à un rythme inégalés dans l’histoire du pays. Le colloque fournira ainsi une réflexion approfondie sur les grands enjeux qui devront être relevés dans les années à venir afin d’éviter l’accélération du morcellement et de la ségrégation des villes du plus grand pays d’Amérique latine et de favoriser un développement plus démocratique.